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Syndicats et changement climatique: le moment d’agir


Par Tony Kearns, Secrétaire général adjoint du Syndicat des travailleur/se-s de la communication (CWU).
Il s’agit de la version éditée d’un discours tiré du site http://climate-andcapitalism.com/
Traduction, titre et intertitres: Romain Felli


Les syndicats ne peuvent pas continuer à prétendre ne pas s’intéresser aux conditions de vie de leurs membres en dehors du lieu de travail.

Cela fait un moment que les syndicats se sont penchés sur la question. Le syndicat des employé·e·s de commerce a rédigé en 1957 une motion au Congrès fédératif des syndicats britanniques (TUC) demandant que les chaudières, fourneaux et moteurs soient repensés afin «qu’ils cessent d’empoisonner l’atmosphère». En 1972 le TUC a organisé une conférence des travailleur/se·s sur l’environnement. En 1990, le TUC a accepté une motion qui soulevait le danger énorme posé par le réchauffement climatique à l’ensemble de la population. Certains syndicats essaient désormais de balayer devant leur porte. Par exemple, le syndicat des services (PCS) a désormais près de 200 délégués à l’environnement sur les lieux de travail. […]

Deux types de syndicaliste

Il existe aujourd’hui deux types de syndicaliste en ce qui concerne l’environnement, mais ils finiront par ne faire plus qu’un. Il y a ceux qui sont déjà convaincu de l’importance de la question et ceux qui ne le sont pas encore, qui ne croient pas à la réalité du changement climatique et à ses effets.

Mais, ils vont finir par y croire et se mettre eux aussi à agir pour une raison toute simple: au fur et à mesure que le réchauffement climatique se développera et les ressources s’épuiseront, la nature même de l’emploi et de l’économie va changer à l’échelle de la planète. Les syndicats qui font sembler de ne pas voir cela vont devoir s’y mettre prochainement.

Ce changement dans la nature de l’économie va affecter les travailleur/se·s dans leur vie quotidienne, à mesure que leurs emplois vont se modifier, être supprimés ou relocalisés, dans le pays ou à l’autre bout du monde. Les travailleur/se·s à l’autre bout du monde seront exploités par les mêmes capitalistes qui exploitent les travailleur/se·s ici. Il s’agit donc d’un problème syndical, car du fait de la nature même de ce que produisent quotidiennement les travailleur/se·s, ils/elles produisent des émissions de gaz à effet de serre – non par leur volonté, mais par nécessité. Les travailleur/se·s et les syndicats qui les représentent vont bien devoir comprendre cela. […]

En réalité, la lutte pour un environnement de travail sain est une des raisons qui explique l’émergence de syndicats durant la révolution industrielle. Ils se battirent pour des conditions de travail correctes, alors que les enfants étaient exploités et que les gens devaient travailler jusqu’à en mourir. Cela ressemble beaucoup à ce qui se passe aujourd’hui dans les pays en voie de développement.

Pour moi, il est logique de vouloir un environnement sain dans lequel travailler et de vouloir une planète saine sur laquelle vivre. Je ne comprends pas que quiconque puisse dire qu’il y a une différence entre l’action quotidienne des syndicats sur le lieu de travail et vouloir que les gens que nous représentons vivent dans un environnement sain. On ne peut juste pas prétendre qu’«on se fout de savoir dans quel environnement les gens vivent» une fois qu’ils sont sortis de leur lieu de travail.

De l’aveuglement à l’action

Les syndicats qui ignorent ce problème ne pourront continuer à le faire longtemps. Premièrement, leurs membres vont finir par leur demande ce qu’ils font sur le changement climatique. Nous avons fait un sondage auprès de nos membres les plus jeunes en leur demandant «quels sont les problèmes qui vous touchent le plus?». On s’attendait à ce qu’ils répondent «les salaires, les horaires, et les patrons». Faux.

Leur premier souci est le logement du fait de l’état ridicule du marché du logement qui fait qu’il n’y a pas d’endroit décent où vivre. Le second souci de nos membres âgés de moins de trente ans est l’environnement.

Il semble donc que dans la nouvelle génération de syndiqué·e·s, faiblit l’idée de se battre uniquement à propos du travail au sens strict. On peut bien faire campagne sur ce qu’on veut – les salaires, les emplois, les horaires – mais si nous n’avons pas une planète sur laquelle vivre, nous perdons notre temps.

Que vont faire les entreprises transnationales multimilliardaires et les gouvernements lorsque les ressources seront épuisées? Le film Mad Max pourrait bien être un documentaire sur ce qui se passera dans quinze ans: il y aura des guerres portant sur des ressources rares. Les capitalistes ne vont juste pas dire «les écolos avaient raison et nous avions tort»…

L’action collective est nécessaire

Je comprends bien l’idée que chacun d’entre nous pourrait faire un petit quelque chose comme éteindre la lumière, ou économiser l’eau. Nous pouvons tous faire cela volontairement, mais la raison pour laquelle les gouvernements et les grandes entreprises vous enjoignent à faire cela, c’est que ça les déresponsabilise. Ça leur évite de faire ce qui devrait être fait. Pendant qu’ils vous expliquent d’éteindre la lumière, ce qui est juste, ils présentent cela comme la seule solution. C’est faux, c’est le retour de la vieille idée de Thatcher que la société n’existe pas et qu’il n’y a que des individus.

Ce qui m’importe en tant que syndicaliste, c’est une action collective qui produise des résultats. Sur ce sujet nous avons besoin d’une large coalition, de groupes d’action directe, de groupes politiques, de groupes syndicaux qui se mettent ensemble pour dire «c’est la planète sur laquelle nous vivons. Ça vaut la peine de se battre pour ça!».

 

Mon message est donc que le changement climatique est un problème syndical. Si nous sommes vraiment intéressés par nos membres nous sommes intéressés par les différents aspects de leur vie et il n’y a rien de plus important pour eux qu’une planète sur laquelle vivre. La réponse est donc une action collective qui mobilise une large coalition au travers du spectre politique. De nombreux syndicats sont déjà engagés et nous allons en mobiliser encore beaucoup d’autres.

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