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CFF-Cargo: la lutte paie

Le 9 avril dernier, les ouvriers des ateliers CFF-Cargo de Bellinzone reprenaient le chemin du travail, sous les acclamations de la foule. Après un mois d’une grève historique et passionnée, les CFF ont retiré leur plan de restructuration. Une première bataille de gagnée, et de quelle manière. La preuve que la lutte, aujourd’hui encore, paie!

Ce qui s’est passé au Tessin un mois durant est un condensé d’émotions, certes, mais aussi et surtout un véritable vivier de signaux puissants et d’indications claires données par quelques centaines de travailleurs à l’entier de la population, au Conseil Fédéral, au patronat.

Un soutien de tous bords

L’histoire des officine de Bellinzone, c’est d’abord un message limpide: non à la privatisation à outrance et la course aux profits. L’implantation des ateliers à Bellinzone a un poids déterminant dans l’activité économique de la région, mais pas seulement. L’ancrage de cette activité est également, et peut-être avant tout, social! Combien des ouvriers de Bellinzone n’ont connu d’autre métier dans leur vie, certains après des décennies de «service»? Combien sont eux-même fils d’anciens ouvriers de CFF-Cargo? L’attachement à ces ateliers s’est manifesté certes par la grève d’hommes admirablement courageux, mais aussi par un soutien populaire extraordinaire! Hommes, femmes, enfants, politiciens tessinois de tous bords, associations… Tout le canton s’est uni autour de la cause des grévistes, autour du refus d’une politique capitaliste sauvage et inhumaine, injuste et injustifiée. Des manifestations réunissant parfois plus de 10’000 personnes témoignent de cette solidarité unique. Un élan qui s’est étendu également à toute la Suisse, et qui a , d’une part pesé dans les débats, d’autre part confirmé que l’orientation que les ouvriers ont décidé de donner à ce conflit, était la bonne.

Une conscience ouvrière fruit d’un long processus

Bellinzone, c’est également, donc, un enseignement en termes de politique et d’orientation syndicale. Comme le confiait le syndicaliste Matteo Pronzini au journal Solidarietà le 10 avril dernier, avec la création du comité «Giù le mani dalle officine!» («Bas les pattes des ateliers») dans les années 80, les travailleurs de Bellinzone ont pu poser les bases d’une conscience syndicale profonde. Le comité devenant réellement l’espace où les ouvriers pouvaient débattre de leurs conditions de travail, décider des mesures à entreprendre, etc. Assemblées de travailleurs régulières, conférences, manifestations… Autant d’éléments qui ont contribué à faire naître ce mouvement de grève spectaculaire et surtout, pour l’heure, victorieux! Un mouvement voulu, porté et dirigé par les ouvriers, par la base elle-même, mais qui est le fruit d’un long processus. Enfin, le soutien du syndicat Unia à la lutte a mis à disposition une infrastructure, des moyens de communication, une visibilité et surtout une capacité de mobilisation dont ne disposait pas le SEV au Tessin.

Oser lutter, savoir vaincre!

Poser ses revendications, les légitimer par des faits, mettre l’adversaire face à ses contradictions (bénéfice annuel des CFF, salaire d’Andreas Meyer, Leuenberger qui attend trois semaines avant de demander à jeter un œil aux comptes, etc.) et décider ensemble, démocratiquement des actions à entreprendre. Comme la grève. Oui, faire la grève fait peur. Non, cela n’amuse personne. Mais penser de la grève qu’elle est un instrument dogmatique revient à insulter la capacité de discernement des ouvriers et négliger la pertinence de leurs choix, de leurs raisons. La grève est juste. Elle est un instrument. Elle s’est posée là, comme la mesure de lutte la plus à même de contrer la violente attaque patronale subie par les travailleurs. Donc la lutte n’était donc pas «simplement» pour la sauvegarde de leur emploi, mais aussi un cri de ras-le-bol envers la prétendue inéluctabilité de la course à la privatisation et au profit, envers le démantèlement économique et social du Tessin. Un cri qui a rallié l’entier de la population à la cause, et qui a donné naissance à un mouvement social qui fera date dans l’histoire helvétique, et pas seulement parce qu’il fut couronné de succès. A nous tou-te-s de savoir en tirer les enseignements, car là réside la vraie victoire.

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