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Norvège: entretien avec Asbjørn Wahl, «Beaucoup recherchent des alternatives plus radicales»

Comment places-tu les résultats norvégiens dans un contexte européen?

Les résultats des élections norvégiennes mettent en évidence une relative stabilité politique, si on les compare à ce qui se passe dans la plupart des autres pays d’Europe. Néanmoins, plusieurs tendances similaires se dessinent: un fort populisme de droite, une fragmentation et une polarisation croissantes, ainsi que le déclin de la social-démocratie. À ceci s’ajoute le fait que la campagne électorale a été dominée par le discours identitaire et la politique migratoire, notamment parce que la gauche, en particulier les sociaux-démocrates, n’ont pas été en mesure de présenter un programme de lutte des classes. En Norvège, comme ailleurs en Europe, les régimes politiques de l’après-guerre – de gauche comme de droite – s’effondrent. Nous entrons dans une période plus instable et incertaine qui devrait aboutir à de nouveaux regroupements des forces politiques. Le nouveau contexte économique et social devrait ainsi permettre le développement de nouvelles formes de lutte et d’organisations politiques.

Contrairement au Parti travailliste, la gauche socialiste (SV) et Rødt (Rouge) ont obtenu de bons résultats. Comment expliques-tu cela et qu’est-ce que cela signifie pour le futur de la gauche en Norvège?

La légère avancée de SV et de Rødt à l’issue de ces élections ne doit pas être surestimée. Mais c’est tout de même un signe que des groupes de jeunes issus de la classe ouvrière sont aujourd’hui ouverts à des alternatives de société plus radicales. Ceci peut s’expliquer par l’affaiblissement de la confiance dans la social-démocratie, qui – en Norvège comme ailleurs – s’est transformée en un projet néolibéral.

L’avancée de SV par rapport aux élections précédentes (de 4,1 à 6,0 %) est aussi relatif. Ce pourcentage est encore deux fois inférieur aux résultats obtenus avant sa participation au gouvernement social-démocrate de 2005 à 2013. Comme dans la plupart des autres pays européens où des partis de gauche ont pris part à un gouvernement social-démocrate, cela a conduit à un déclin dramatique pour ce petit parti de gauche. Les résultats des élections de cette année ne lui ont permis de retrouver qu’une partie de la confiance perdue en raison des politiques de privatisation et de militarisation auxquels il a contribué lorsqu’il participait au gouvernement.

Rødt, par contre, est un nouvel acteur intéressant. Bien qu’il n’ait obtenu que 2,4 % des voix, il a gagné un siège dans le nouveau parlement. Il s’agit du descendant d’un ancien parti maoïste qui a évolué sous l’influence de nouvelles forces, jeunes et énergiques. Ils ont réussi à s’établir comme une alternative crédible de gauche, en mettant l’accent sur le mouvement social et la lutte des classes. Rødt peut ainsi être considéré comme la «nouvelle gauche» norvégienne, capable de rassembler et de donner une expression organisationnelle et politique de l’insatisfaction croissante du mouvement syndical et de larges secteurs de la jeunesse.

Quel est ton souhait pour les quatre prochaines années? À ton avis, comment construire une opposition forte et éviter le même type de résultats aux prochaines élections?

Il est évident, en Norvège, mais encore plus clairement dans d’autres régions d’Europe, que beaucoup recherchent des alternatives plus radicales. Pour les prochaines élections, il est important de s’appuyer sur les importantes campagnes, qui se sont renforcées ces dernières années, pour lutter contre la libéralisation et privatisation des services publics et contre l’insécurité et le dumping social dans le monde du travail. En même temps, il est nécessaire de renforcer la lutte dans le domaine de la politique climatique et d’intégrer ce débat dans le combat social. La politique extra-parlementaire doit être priorisée et des nouvelles alliances doivent être construites pour débuter un processus de création d’un bloc historique d’opposition. Cela est nécessaire non seulement en vue des prochaines élections, mais de manière générale pour changer les rapports de forces afin de renforcer la démocratie, de redistribuer les richesses et de mettre en œuvre des changements structurels dans l’économie et les conditions de propriété.

Propos recueillis par Line Rouyet

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