Quand l’UDC perd, elle gagne ?

La rédaction •

Les 55 % de non à l’initiative des dix millions soulagent l’ensemble du camp progressiste. Ils rappellent par la même occasion que les idées de l’UDC ne sont pas majoritaires dans le pays, et ce même quand le parti d’extrême droite adopte une stratégie de conquête des milieux urbains en parlant de crise du logement ou de problèmes de mobilité.

Pourtant, les commentatrices·teurs politiques et les milieux patronaux ne partagent pas cet avis. Les 45 % ayant soutenu l’initiative mériteraient d’être entendus. Pas au niveau des salaires ou au niveau des logements, mais au niveau de l’asile qui a gardé une place marginale durant la campagne.
Celles·ceux-ci sont encore paniqué·e·s par les quelques victoires de l’UDC appartenant dorénavant au passé. Le rejet de l’adhésion à l’EEE en 1992 ou l’acceptation de l’initiative sur l’immigration de masse de 2014 se sont joués sur le même mouchoir de poche de 0,3 %. Mais entre 1992 et 2014, l’UDC a également subi deux défaites de taille sur les bilatérales I et II. Et depuis 2014, elle ne gagne rien en votations populaires, que ce soit sur la primauté du droit suisse sur la CEDH, la mise en œuvre de l’initiative de renvoi des criminels étrangers, et cette année sur le plafonnement de la population. En douze ans, l’électorat helvétique a augmenté d’environ 8 %. Pour un taux de participation très similaire entre 2014 et 2026, le non du 14 juin a récolté près de 400’000 voix supplémentaires tandis que le oui n’en a même pas récolté 30’000.
En s’attardant un peu sur les résultats, certaines tendances méritent d’être relevées (au-delà du fameux clivage villes-campagnes). Ce sont principalement les districts alémaniques qui ont voté davantage qu’en 2014, faisant largement augmenter la part du non, jusqu’à des différences de 10 points (voir graphique). En Romandie, le camp du oui se démobilise légèrement, ce qui a cependant le même effet d’augmentation de la part du non (sauf quelques exceptions valaisannes comme Conthey ou Saint-Maurice). Enfin, le Tessin dit oui à 1’500 voix près mais le camp du non gagne malgré tout 17,5 points par rapport à 2014, notamment grâce à un salaire minimum (certes défectueux) mis en place dès 2021.

Un patronat irresponsable
Au vu de ces chiffres clairs, l’irresponsabilité des réactions de la droite libérale est totale. Elle attribue à l’UDC une importance qu’elle n’a pas. Leur nouvelle initiative anti-asile dite « stop aux abus » est déjà déposée. Elle donnera de nouveau l’occasion au parti blochérien de polluer le débat public avec des paniques morales qui n’ont pas lieu d’être, mais qui sont légitimées par Économie Suisse & co. Ceux-ci n’ont comme seul objectif que de faire passer leurs casses sociales en attirant l’attention ailleurs.
De plus, la rationalité de l’initiative – souvent  – ne va pas disparaître naturellement. L’UDC veut capter le surtravail des étrangers·ères sans payer les coûts annexes : pas de droit au chômage (révocation du permis de séjour à la place) ni regroupement familial (le pays d’origine paiera l’ensemble des frais de formation). Une bonne partie de la droite traditionnelle s’en serait satisfaite si la proposition ne mettait pas autant en danger les accords bilatéraux.
À échéance régulière, l’UDC se retrouve seule contre tous pour pavoiser un anti-establishement primaire et fallacieux. Le temps restant, il s’intègre parfaitement aux institutions traditionnelles. Ces trois dernières décennies, sa représentation dans les exécutifs a presque doublé. Cette conquête du pouvoir cornerise le PLR qui finit par imiter son nouveau grand frère d’extrême droite en initiant un virage autoritaire d’ampleur. Par cette double dynamique, l’UDC étend son pouvoir et éloigne ses partenaires de droite des quelques compromis sociaux trouvés avec la gauche ces dernières décennies.
De cette manière, les nouvelles mesures d’accompagnement négociées en lien avec les nouveaux accords Suisse-UE sont en sursis. Le PLR menace de les rejeter en bloc pour s’épargner le débat européen où il se sait perdant. Pour gagner, sa ligne pro-patronale et méritocratique doit être martelée, quitte à taper sur les “ fainéant·e·s ” pour les mettre au travail. Pour avoir une ligne de démarcation avec le racisme de l’UDC, peut-être ne faudrait-il pas sous-entendre le jour des votations que ces “ fainéant·e·s ” seraient avant tout les demandeuses·eurs d’asile qui traineraient dans les gares ?

Illustration: Graphique de la rédaction effectué sur la base des chiffres de l’OFS

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