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Formation du gouvernement en Allemagne : le chemin de croix du SPD

La période post-électorale en Allemagne a réservé quelques surprises. Les libéraux se sont offerts une sortie bien orchestrée des négociations gouvernementales en créant immédiatement un vide ou le mot « crise d’Etat » résonne particulièrement fort.  Les social-démocrates viennent de revenir sur leur promesse de retrait de la « Grande coalition » en acceptant timidement le début des pourparlers avec les démocrates-chrétiens. Et pourtant, dans un contexte de quête identitaire douloureuse pour le plus important parti de gauche, l’enjeu pourrait se situer ailleurs.   

Le jeudi 7 décembre, les délégué-e-s congrès national du SPD se sont prononcés en faveur de « l’ouverture des discussions à issue ouverte » avec la CDU. Cette dernière pourra visiblement souffler pendant quelques semaines après s’être retrouvée toute seule face au défi de la formation du gouvernement. En même temps, le danger d’une nouvelle élection est temporairement écarté – cet ultima ratio ne réjouissait que l’Alternative für Deutschland et, tout au plus, Die Linke, friande de toute occasion de tirer sur l’ambulance.

Malgré un très large soutien aux négociations avec la CDU, cela ne change rien à la tension extrême qui se fait ressentir parmi les social-démocrates allemands. Cela est tout à fait logique : l’abandon des prétentions gouvernementales était la seule consolation le lendemain de l’annonce du résultat électoral désastreux. A juste titre : malgré le fait que le SPD a réussi à faire passer de nombreux dossiers phares comme le salaire minimum ou le mariage pour tous lors de la précédente législature, il a échoué d’en tirer le moindre profit électoral. Un peu comme si ses propres victoires lui étaient suspectes. Une potentielle nouvelle alliance avec la CDU tomberait, en plus, dans un contexte où peu de nouveaux combats arrivent à transcender la pitié de soi qui est devenue si caractéristique du SPD post-Schröder. Ce n’est donc guère étonnant que l’aile gauche – ainsi que les Jeunes socialistes – voient dans la sortie du gouvernement la dernière possibilité de sauver le parti. Là où ils ont parfaitement raison, c’est dans leur intuition que cette législature posera les jalons pour les prochaines décennies. Néanmoins, ils semblent omettre une évidence : ni l’option « gouvernement », ni l’option « opposition » n’auront d’effet automatique. D’ailleurs, les deux ne sont pas antinomiques : ce n’est pas parce que les prises de position ne sont plus liées à un contrat de coalition qu’elles lui sont contraires, voire supérieures.

Les craintes et déceptions que les camarades allemands projettent sur la « Grande Coalition » visent, in fine, leur plus grand ennemi naturel : l’idée selon laquelle « il n’y a pas d’alternative ». Pas d’alternative au libéralisme à la fois glaçant et paternaliste d’une Merkel ; pas d’alternative à la vision à court terme en matière d’Etat social et d’environnement. La menace actuelle qui plane sur le SPD est une chance unique pour commencer à nager à contre-courant des idées politiques reçues qui n’assurent plus la cohésion nationale. Ni, d’ailleurs, la réponse aux défis de plus en plus nombreux. Dans ce sens, on ne peut que rappeler le fait que l’on ne peut enthousiasmer les autres pour une cause qu’à condition d’y croire soi-même. Et il faudrait, pour commencer, savoir à quoi.

Olga Baranova

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