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Le libre-échange agricole au service du capital

Le modèle agro-industriel capitaliste, qui s’oppose à la souveraineté alimentaire, est renforcé par le libre-échange agricole.

Les négociations internationales portant sur la libéralisation des échanges agricoles (ce qu’on appelle le cycle de Doha  – 2001-2006  – dans le cadre de l’Organisation Mondiale du Commerce) ont très clairement été orientées en faveur des agro-industries capitalistes sous la pression des pays du Nord. Il s’agit d’assurer à ces industries un libre-accès aux marchés étrangers. Ce modèle de libéralisation a été contesté lors des négociations de Cancún (2003) par certains pays du Sud, gros exportateurs agricoles, qui voudraient que leurs bourgeoisies nationales puissent aussi se tailler une part du gâteau. Dans ce conflit entre bourgeoisies du Nord et bourgeoisies du Sud, la nourriture est considérée comme une simple marchandise dont la fonction première est de permettre de dégager du profit pour les grandes entreprises agro-industrielles.

Agro-industrie capitaliste

Dans cette perspective, l’agriculture est entièrement soumise à la loi du profit, au détriment d’autres considérations. Ceci implique la création d’un «prix mondial» des différentes productions qui s’imposent à tous les producteurs, indépendamment de leur taille et de leurs ressources. Ce prix dicté par les entreprises capitalistes conduit à l’éviction des petites productions, notamment familiales, tant dans les pays du Nord que dans les pays du Sud (où les paysans forment de 30 à 70% de la population). Les pays du Sud sont contraints d’abandonner l’agriculture multifonctionnelle et de subsistance et de se spécialiser dans une monoculture d’exportation (par exemple le café) au détriment de leurs marchés domestiques et donc de leur auto-suffisance alimentaire.

Ce modèle agro-industriel capitaliste d’exportation suppose la restructuration des exploitations agricoles autour de très grandes exploitations (latifundias) de monoculture ainsi que le développement d’un prolétariat agricole salarié et l’investissement massif dans des machines et des engrais afin d’accroître le rendement des terres. Au-delà, il suppose une pleine maîtrise de la nature: ingénierie agricole, plantes génétiquement modifiées, etc. Des transnationales dominent la filière agro-industrielle du début (semences, engrais, machines,…) jusqu’à la fin (traitement, conditionnement, transport, distribution). Ce modèle a donc des conséquences sociales et écologiques (perte de biodiversité, pollutions, épuisement des sols, …) très graves.

Graves conséquences sociales et écologiques

Le libre-échange agricole dicte la transition de l’agriculture vers un modèle agro-industriel capitaliste, en même temps qu’il soumet la consommation à des normes capitalistes: produits hors-saison, standardisation, domination par quelques transnationales de l’agro-alimentaire, etc. Il profite aux grands propriétaires terriens et à aux bourgeoisies des pays du Nord comme des pays du Sud, au détriment des paysans et des travailleurs de la filière agro-industrielle.

Le cycle de Doha est aujourd’hui au point mort. Néanmoins les négociations de libéralisation du commerce continuent, de façon plus sournoise, sur une base bilatérale. C’est pourquoi des résistances s’organisent, structurées autour de la Via Campesina, qui fédèrent des mouvements de paysans sans terre, de petits producteurs des pays du Sud comme des pays du Nord qui promeuvent un modèle non capitaliste d’agriculture. La «souveraineté alimentaire» qu’ils défendent souligne la nécessité d’une agriculture centrée sur la satisfaction des besoins humains et non la création de profits. 

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