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Faillite annoncée du deuxième pilier

Antoine Chollet •

Les tuiles continuent à tomber sur la méthode de financement des retraites par capitalisation. L’atonie des rendements boursiers de ces dernières années met déjà le système dans un état de quasi faillite, mais la crise pandémique de ce printemps montre, avec une acuité encore plus forte, son caractère totalement absurde. Incapable de résister à la moindre crise, prenant prétexte de l’allongement de la durée de vie pour expliquer ses déboires, le système de retraite par capitalisation (le «2e pilier») doit être aboli. À l’inverse, la retraite par répartition (comme l’AVS) est tout à la fois durable, robuste, facilement adaptable aux circonstances et résistante aux crises (économiques autant que sanitaires).

L’objectif à long terme sera de socialiser les avoirs du 2e pilier, peut-être par secteur ou par entreprise dans un premier temps, et en conservant le principe du paiement de rentes variables, mais selon les meilleures années et non selon l’ensemble des cotisations (ce qui n’a strictement aucun sens). Une partie des sommes gigantesques accumulées par les caisses de prévoyance depuis l’entrée en vigueur de la LPP en 1985 (environ 900 milliards de francs) pourra servir à financer la transition, puisqu’une retraite par répartition n’a aucun besoin d’une fortune aussi importante.

On peut bien sûr attendre que les caisses de prévoyance commencent à faire faillite les unes après les autres pour changer ce système. Compte tenu des rapports de force politiques en Suisse, c’est sans doute ce qui va se passer, hélas. La droite va tenter de faire passer des baisses de rentes, mais le verrou référendaire l’empêchera de colmater toutes les brèches du 2e pilier.

L’on pourrait cependant aussi parier sur l’intelligence résiduelle d’une partie de la droite, qui avec les années a bien dû commencer à se rendre compte qu’elle avait misé il y a quarante ans sur un canard boîteux, qui n’est pas viable à long terme. Après tout, c’est bien avec la droite qu’il a fallu négocier la mise en place de l’AVS dans les années 1940, et l’on peut espérer qu’il reste encore quelques héritières·ers de ces esprits éclairés aujourd’hui au parlement. En cherchant bien, derrière les idéologues fous du genre Lüscher et consorts, on devrait bien en trouver!

Publié dans Pages de gauche n° 176 (été 2020). Sur le même sujet, on pourra lire également «Mettre le 2e pilier à la retraite» (Pages de gauche n° 156, juin 2016).

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