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Chinua Achebe, «Tout s’effondre»

Hervé Roquet •

Pour dix-sept pays africains, 2020 marque le 60e anniversaire de la libération du joug colonial. Jamais autant de pays ne s’étaient libérés des vieux empires français, belge et britannique qu’en 1960.

Pour se rappeler ce que fut en Afrique le colonialisme et la période des indépendances, lire Chinua Achebe reste un passage obligé. Lorsqu’il publie son premier roman Things fall Apart en 1958, Achebe n’a que 27 ans et son pays – le Nigéria – vit le crépuscule de la domination coloniale britannique. Son roman deviendra un des plus grands classiques de la littérature africaine.

Achebe y décrit la vie à Umuofia un village imaginaire Igbo au Sud- Est du Nigéria actuel à la fin du XIXe siècle au moment même de son premier contact avec les colons britanniques. Le personnage central du roman est Okonkwo, un homme violent et fier, attaché aux principes et aux traditions organisant la vie de son village. Fils d’un père paresseux, il s’est attaché le respect de toutes et tous par sa force, son acharnement au travail et ses exploits de lutte. Il est devenu un cultivateur influent et prospère ayant trois femmes et huit enfants lorsque les premiers missionnaires débarquent dans un village voisin, transformant à jamais l’organisation sociale, politique, économique et religieuse de la région.

Le génie d’Achebe est de décrire avec précision l’effritement du monde d’Okonkwo à la suite de la colonisation britannique. Achebe raconte le début de la colonisation depuis une perspective africaine sans complaisance ni pour les colons ni pour les habitant·e·s d’Umuofia. Il y parvient avec brio sans jamais tomber dans l’idéalisation d’un passé précolonial fantasmé.

Dans ce livre au rythme rapide, où aucun mot n’est de trop, tout s’effondre petit à petit. Ce roman permet de mieux comprendre la période coloniale et ses effets grâce à une description fine des mécanismes subtils et puissants de l’effondrement qu’elle engendra. La nouvelle traduction de 2013, publiée chez Actes Sud a permis une réactualisation plus que nécessaire de ce texte incontournable de la littérature africaine.

À lire: Chinua Achebe, Tout s’effondre, Arles, Actes Sud, 2013.

Ce compte rendu est paru dans Pages de gauche n° 176 (été 2020).

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