F-35 : suite du scandale

La rédaction  •

On le sait, il y a quelques domaines dans lesquels la droite est prête à dépenser les deniers publics sans limite, surtout si ça permet de donner de l’argent à ses ami·e·s. On le voit lorsqu’il faut sauver les grandes banques, mais c’est évidemment aussi le cas à propos des dépenses militaires.
On ne compte plus le nombre de crédits pour l’armée aussi inutiles les uns que les autres et pourtant votés les yeux fermés par la majorité PLR-UDC-Centre, alors que chaque centime alloué à la culture ou à l’aide au développement fait l’objet d’un examen méfiant de sa part.
L’achat des F-35 ne fait pas exception, mais l’affaire est ici aggravée de plusieurs problèmes supplémentaires. En décembre de l’année passée, nous apprenions que le fameux prix fixe censément négocié par le DDPS n’en était en réalité pas un et qu’il faudrait soit débourser plus d’argent, soit réduire le nombre des commandes (les surcoûts représentant tout de même 10 à 20 % du montant initial). Se déjugeant moins d’une année plus tard, le Conseil fédéral a demandé, et obtenu du parlement (pour l’explication, voir le premier paragraphe) 394 millions de francs supplémentaires pour cet achat. Quelques jours plus tôt pourtant, la commission de gestion du parlement avait annoncé que le succès obtenu à l’arraché dans les urnes en 2020 (50,1 % des voix) reposait sur une « sélective » du contrat d’achat, doux euphémisme pour ne pas parler d’un mensonge pur et simple du Conseil fédéral qui avait alors assuré que le prix des avions était fixe.
À ces avanies de la politique fédérale, il faut ajouter un facteur externe puisque l’État qui nous vend ces avions est entretemps devenu infréquentable. Il a montré depuis le début de l’année 2025 une attitude constamment agressive envers l’Europe, de l’Ukraine à l’Islande en passant par le Danemark. Il faut pouvoir décrire la situation calmement : acheter des avions américains aujourd’hui est aussi absurde que si le DDPS décidait de commander des Sukhoï à la Russie.
Relire les déclarations des parlementaires de droite lors de la campagne de 2020, puis lors du débat aux chambres en 2022, est un exercice cruel, par exemple quand Jacqueline de Quattro affirmait que « nous avons pu vérifier que la Suisse a pu négocier des prix fixes ». Difficultés de lecture ou extrême crédulité, peu importe, cela montre que les élu·e·s de droite n’ont aucune crédibilité lorsqu’il s’agit de parler des dépenses militaires, et qu’il serait sage de considérer par principe qu’ils et elles mentent, ou du moins racontent n’importe quoi, lorsqu’ils et elles s’expriment sur le sujet.
Dans l’immédiat, il est incompréhensible qu’une commission d’enquête parlementaire ne soit pas mise sur pied et désigne les responsables de ce fiasco, et que le contrat avec les États-Unis ne soit pas dénoncé dans les meilleurs délais. Martin Pfister ne le sait peut-être pas encore, mais il est en train de jouer son avenir politique sur cette affaire, et s’il ne veut pas la terminer comme Paul Chaudet, il ferait bien de peser très sérieusement ses décisions ces prochains mois.

webmaster@pagesdegauche.ch