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La nostalgie des buffets de gare

Au moment où le buffet de la gare de Lausanne a fermé ses portes pour des «rénovations» censées se terminer en 2018, paraît un petit livre tout à fait réjouissant, dont le titre pourrait laisser supposer qu’il parle précisément des buffets de gare mais dont le propos est beaucoup plus général. Ce que Benoît Duteurtre dénonce, c’est l’abandon d’un patrimoine plus vaste: celui de la SNCF. Cela va des gares aux wagons, en passant par l’infrastructure, les petites lignes, les dessertes régionales, les trains de nuit, les consignes et, bien sûr, les buffets de gare. Tout ceci a été remplacé par des centres commerciaux dans lesquels il est aussi possible de prendre un train, par des lignes TGV aux billets hors de prix et par des «Starbucks Coffee» ou des «Burger King» dans lesquels il faut faire des queues interminables avec ses bagages pour obtenir quelques produits standardisés.

Ce livre documente la destruction d’un service public, qui avait été développé dans l’après-guerre avec comme buts principaux l’égalité entre tous les usagers (avec le principe d’un prix unique au kilomètre), la fiabilité et le confort. Or l’auteur montre bien que les règles que la SNCF met en place depuis une vingtaine d’années vont dans un sens exactement inverse. Le prix des billets est une véritable jungle, les quelques billets à prix cassés ne faisant que légitimer des tarifs prohibitifs sur les grandes lignes. L’obligation de rentabilité a conduit la régie nationale à délaisser, puis à abandonner les lignes régionales pour les remplacer, dans le meilleur des cas, par des autocar. Le matériel roulant comme les gares sont devenus extrêmement inconfortables, et le réseau n’est plus entretenu convenablement, ce qui entraîne retards, annulations de trains et accidents (parfois mortels, comme à Brétigny en 2013). Le comble, c’est que de nombreux trajets sont devenus plus lents, malgré, ou bien plus souvent à cause du TGV. L’exemple des gares de lignes à grande vitesse sises en périphérie et qui ne sont pas même reliées au reste du réseau ferré est à cet égard emblématique. Le transbordement dans un autocar inconfortable et le temps de transfert vers une gare routière au centre-ville annule en bonne partie les avantages de trains filant à 300 km/h à travers les campagnes.

À l’heure où les CFF lorgnent vers les exemples étrangers, transforment eux aussi leurs gares en centres commerciaux et ne rêvent que d’une tarification différenciée selon le train et le ou la «client·e» (car on ne parle plus d’usagère·er), la fermeture du buffet de la gare de Lausanne n’est qu’un signe parmi d’autres de la destruction programmée d’un service public efficace, fiable et démocratique.

Antoine Chollet

 

À lire: Benoît Duteurtre, La nostalgie des buffets de gare, Paris, Payot, 2015.

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