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Quand les solidaritéS font «pop!»

Certaines voix, à gauche, tentent de le faire croire: les vieux clivages sont en passe d’être dépassés, l’unité approche – anciens communistes, trotskistes et anarchistes boiront bientôt ensemble à la grande fête de la vraie contestation.

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) en France ou Die Linke en Allemagne le démontrent supposément: les cartes se redistribuent, et les grilles d’analyse doivent changer. Le monde aussi d’ailleurs, juste après si possible.

Dans ce cadre, la Suisse romande a connu une expérience intéressante, celle d’une alliance entre le Parti suisse du travail (PST, dont certaines sections s’appellent POP, Parti ouvrier et populaire), héritier du Parti communiste suisse, et solidaritéS, descendante de la Ligue marxiste révolutionnaire (LMR, trotskiste). Il faut ajouter qu’elle vient d’échouer officiellement: la coalition «A gauche toute» a cessé d’exister au niveau national à la fin du mois de janvier 2009.

On recherche : Besancenot romand

La gauche trotskiste change donc de projet et annonce un NPA suisse (romand?), notamment lors du Congrès interrégional de solidaritéS, dont le compte rendu (paru dans solidaritéS du 19 mars 2009) évoque le caractère «stratégique» d’une alliance avec les autres forces anticapitalistes. Notons que trois organisations romandes étaient représentées lors de la fondation du NPA à la Plaine-Saint-Denis: solidaritéS, la Gauche anticapitaliste et le Mouvement pour le socialisme. Ce qui garantit qu’il y aura du monde et des amendements pour lancer le pendant suisse.

Mais voilà, solidaritéS, seule des trois formations à disposer de représentant-e-s élu-e-s dans des organes législatifs dans plusieurs cantons, est encore liée localement par des alliances avec le Parti ouvrier et populaire (POP) – et donc avec des membres d’exécutifs, comme c’est le cas à Lausanne par exemple. Et cela alors même que la plate-forme «Un mouvement anticapitaliste, féministe et écologiste pour le socialisme du 21e siècle», publiée dans solidaritéS du 26 juin 2008 et adoptée lors du Congrès, exclut explicitement «toute forme d’alliance […] gouvernementale avec la social-démocratie». Un rejet de l’alliance dite «rose-rouge-verte» qui a précisément permis de faire élire le Municipal popiste Marc Vuilleumier à Lausanne, sous la bannière «A gauche toute».

Mais ce ne seraient là que des problèmes secondaires si solidaritéS n’avait pas, en la personne de Daniel Perdrizat, un élu à l’exécutif de la Ville de Neuchâtel. Pire, à en croire l’article de solidaritéS du 27 février 2008, cet élu participe clairement d’une majorité socialistes-POP-Verts-solidaritéS en Ville de Neuchâtel, «tant au niveau du Conseil général [législatif] que du Conseil communal [exécutif]». Ennuyeux pour un mouvement qui vient de décider qu’aucun accord de gouvernement ne pouvait être passé avec le PS ou les Verts…

Un parti moins communiste
Quant à l’autre partie d’ « A gauche toute », elle n’a pas renoncé à la refondation. Là aussi, il faut rénover. Hélas, les exemples manquent. Le Parti communiste français n’est pas un modèle de dynamisme même s’il existe en son sein des courants minoritaires demandant la création d’une nouvelle organisation. La fusion, à l’allemande, des communistes avec une nouvelle extrême-gauche vient, nous l’avons vu, d’échouer en Suisse. Quant au cas italien, il ne fait que raviver la crainte d’une disparition par assimilation dans une coalition trop large…

On comprend donc l’isolement que décrit J. Zisyadis sur son blogue: entre ceux qui cherchent leur «leur Besancenot sexagénaire» (comprendre: les divers mouvements héritiers de la LMR) et ceux qui veulent retrouver «leurs faucilles et leurs marteaux» (comprendre: le PST), le POP, souvent allié aux socialistes, voire aux Verts, se sent seul. C’est là qu’intervient le récent appel «pour une vraie force politique alternative de gauche en Suisse». Qui pourrait être contre?

Tous divisés sauf moi

Explicitement, l’appel en question, émanant de la Gauche alternative valaisanne et relayé dans les cercles popistes, renvoie dos à dos traîtres sociaux-libéraux et anticapitalistes éparpillés. Implicitement, il est aussi une critique du PST, qui a décidé de se renommer prochainement en Parti communiste.

On passera sur la comparaison politiquement intenable avec le Parti de Gauche, fondé en France par Jean-Luc Mélenchon, ancien trotskiste démissionnaire du PS. On se bornera à prédire que le nouveau parti revendiquera ce qu’il est de bon ton de revendiquer : une volonté de rapprocher les gauches, de fédérer les luttes, de réunifier les forces, etc. On souhaitera le succès d’une telle entreprise. Hélas, on n’y croira pas vraiment.

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