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ÉDITORIAL • Une fin de règne glaçante en France

La rédaction •

Dès son élection, nous avions insisté sur le caractère profondément réactionnaire d’Emmanuel Macron (voir notre article du 10 mai 2017). La politique menée depuis son entrée en fonction l’a confirmé, avec un retour aux vieilles lunes d’un libéralisme totalement dépassé, et la volonté de répéter, avec vingt ans de retard, ce que les sinistres Blair et Schröder avaient tenté dans leurs pays respectifs, avec le succès que l’on sait.

Ce que nous n’avions pas véritablement envisagé cependant, c’est que Macron se transforme durant son mandat en mime grimaçant de l’extrême droite.

La réponse aux manifestations des Gilets jaunes durant l’hiver et le printemps 2018- 2019 en a donné l’éclatante illustration, même s’il y avait eu des signes avant-coureurs auparavant. Nous avons pu voir alors une police s’adonnant à la répression la plus brutale de manifestations aux intentions totalement pacifiques (il suffit de voir le documentaire de David Dufresne, Un pays qui se tient sage, pour s’en convaincre), et un pouvoir apeuré – qui est toujours le plus dangereux – se vautrant apparemment sans fin dans l’abjection.

Les événements de ces derniers mois n’ont fait qu’exacerber la tendance autoritaire, illibérale et antidémocratique de Macron, dont on avait eu l’avant-goût dès ses premiers pas comme président.

La réaction aux attentats de cet automne a non seulement été disproportionnée, mais elle est surtout allée dans le mauvais sens. Répondre à un attentat politique en restreignant les libertés académiques semble en effet curieux. De même, utiliser éhontément l’événement pour offrir à la police le cadeau qu’elle attendait depuis longtemps, à savoir l’interdiction de la filmer en train de tabasser des gens, c’est se placer tout contre l’extrême droite, et admettre à demi-mot que son propre pouvoir ne tient plus que par le soutien de l’appareil répressif.

Les développements de cet automne en France sont extrêmement inquiétants, et dénotent l’engagement du pouvoir, et de Macron lui-même, sur une pente menant vers un régime autoritaire. Cet effondrement démocratique ne pourra être arrêté que dans la rue, par les organisations politiques et syndicales qui résistent encore, et par une confrontation avec le pouvoir actuel, qui ne reculera devant rien, pas même à user d’une violence extrême. Il est inutile d’attendre la prochaine élection présidentielle pour lancer ce combat, car si Macron peut alors se représenter, c’est qu’il aura réussi dans l’entreprise qu’il poursuit actuellement.

Publié comme éditorial dans Pages de gauche n° 178.

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