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Ces caisses maladie qui nous gouvernent

Les principales caisses maladie disposent de solides relais sous la Coupole fédérale. Brosser leur tableau permet une petite plongée instructive dans la réalité du puissant lobbyisme helvétique.

Il y avait, en 2005, 85 assureurs maladie reconnus par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), alors qu’ils étaient encore 110 en 2000. Le nombre élevé d’assurances maladie ne doit pas cacher le fait que la grande majorité des assurés se concentre sur une dizaine d’assureurs formant un véritable cartel: en 2000, il y avait 6’626’586 assurés chez Helsana, CSS, Visana, Swica, Concordia, Groupe Mutuel, Sanitas, Intras, KPT/CPT, ÖKK.

Un puissant lobby

Les primes d’assurance maladie obligatoire représentent des sommes considérables: selon l’OFSP, environ 18,5 milliards de francs en 2005. Selon le même office, seuls trois fonctionnaires sont chargés de contrôler les comptes et la gestion des caisses maladie. Ils sont par contre beaucoup plus nombreux à les défendre aux chambres fédérales. Le lobby des caisses maladie est probablement l’un des plus puissant au sein des groupes politiques représentés à Berne (cf. encadré).

Il va sans dire que tout ce beau monde est farouchement opposé à l’idée d’une caisse unique et sociale. Relevons tout de même quelques députés de gauche impliqués dans les assurances maladie, mais partisans de l’initiative: Gisèle Ory (PS/NE): fondation de service en assurance maladie FOSAMAL; Stéphane Rossini (PS/VS): comité directeur de la caisse d’assurance 57 (caisse syndicale); Luc Recordon (Verts/VD), conseil d’administration de CSS à Montreux.

Les représentants des caisses maladies se retrouvent également au sein de la Commission sociale et de la santé (CSSS), comme celle du Conseil national: Pierre Triponez (président), Jürg Stahl (vice-président), Roland Borer, Felix Gutzwiler, Claude Ruey et Stéphane Rossini. CSSS du Conseil des Etats: Christoffel Brändli, David Eugen, Bruno Frick, Christiane Langenberger, Philipp Stähelin et Gisèle Ory.

Copinage et bakshish

Au Conseil fédéral, les assureurs sont également en pays conquis: Pascal Couchepin, ministre de la santé, est un proche du directeur général du Groupe Mutuel, Pierre-Marcel Revaz. Ce n’est pas vraiment étonnant dans la mesure où Martigny n’est pas si grand et que tout le monde se connaît, mais lorsque le Groupe Mutuel publie, le 9 juin 2005, une annonce proposant une assurance complémentaire couvrant justement les cinq médecines douces que le conseiller fédéral venait de supprimer de la liste de l’assurance de base six jours plus tôt, cela devrait interpeller quelque peu l’assuré lambda. De son propre aveu, Couchepin disait avoir averti «ses amis assureurs» de préparer une bonne offre. La nouvelle ministre de l’économie Doris Leuthardt faisait quant à elle partie du conseil d’administration de CSS.

Il va sans dire que tous ces représentants des partis de droite ne vont pas se ménager durant la campagne pour s’opposer à la caisse maladie unique et sociale, d’autant plus qu’ils sont même payés pour ça. Claude Ruey et ses collègues avaient dû avouer, en 2005, toucher 5’000 francs par séance de brainstorming intense au sein du «groupe de réflexion» du Groupe Mutuel.

Article paru dans le numéro spécial de décembre 2006 du mensuel du Parti socialiste vaudois (PSV) «Points forts». La rédaction de Pages de gauche remercie le PSV d’avoir pu reprendre une version légèrement adaptée de ce texte pour le présent dossier.

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