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Acharnement du Conseil d’État genevois contre la fonction publique

Hervé Roquet

En pleine crise du Covid-19, le Conseil d’État genevois attaque frontalement la fonction publique. Si Fribourg a choisi l’introduction d’une prime Covid pour remercier ses fonctionnaires pour leurs efforts consentis durant la crise, le canton de Genève choisit lui les coupes drastiques en guise de remerciement. Le plan du Conseil d’État prévoit entre autres une baisse linéaire de 1% de tous les salaires de la fonction publique, risquant ainsi de pousser dans la pauvreté le personnel des classes salariales les plus basses, il prévoit aussi le gel des augmentations salariales entre 2021 et 2023, et une baisse de la part de l’employeur des cotisations de prévoyance.

Ingratitude et stupidité

Ces mesures sont non seulement ingrates et antisociales, elles sont aussi bêtes et particulièrement contre-productives en période de crise. Alors que le personnel soignant, de voirie ou des écoles ainsi que tant d’autres services de l’État a pris des risques et effectué des heures supplémentaires pour assurer un service public de qualité durant la crise sanitaire, la majorité de droite du Conseil d’État choisit l’austérité au pire moment imaginable, au milieu d’une crise économique et sanitaire majeure. C’est à croire que la droite n’a non seulement pas de cœur, mais qu’elle n’a aussi pas de cerveau puisque le b.a.-ba de toute politique anticyclique (même de droite) et d’augmenter les dépenses publiques, les investissements et la consommation des ménages lorsque l’économie en a besoin.

Aggravation de la crise

La plupart des économistes (même de droite il faut le préciser encore) reconnaissent que parmi ces trois domaines, augmenter les dépenses publiques est généralement plus efficace qu’augmenter les investissements (privés) et la consommation des ménages, car l’argent dépensé par l’État à une plus grande probabilité de circuler localement et de renforcer ainsi l’économie locale dans les périodes de crise. Le Conseil d’État en choisissant de réduire les dépenses publiques fait exactement l’inverse et aggrave par conséquent la crise économique, affaiblissant encore plus les entreprises privées qu’il prétend vouloir défendre et sauver. La bêtise de ces coupes est sans limites et il faut donc absolument soutenir le mouvement social mené par le Cartel intersyndical, et notamment le Syndicat des services publics (SSP), qui lutte contre cette décision. Soutenir la fonction publique face à ces coupes ce n’est pas seulement soutenir et valoriser les fonctionnaires pour leur travail, c’est aussi soutenir l’économie genevoise en évitant de lui infliger en plus de la contraction du tourisme, des investissements, et de la production, une diminution des dépenses des fonctionnaires cantonaux.

Conséquences de la RFFA

Ces coupes que le Conseil d’État essaie contre toute logique de faire passer sont, en grande partie, dues au trou dans le budget cantonal qu’a provoqué l’acceptation de la réforme fiscale et du financement de l’AVS (l’application genevoise de la RFFA, qui a ôté 186 millions de francs aux recettes de l’État). La solution budgétaire doit donc passer par la fiscalité au lieu de s’abattre sur les fonctionnaires. Le canton de Genève a suffisamment de richissimes habitant·e·s (traders, « expats », avocat·e·s d’affaires, promotrices·eurs immobilières·ers, etc.), ainsi que d’entreprises faisant des bénéfices pour les mettre à contribution et éponger la dette logique et nécessaire qui se creusera avec la crise actuelle. Mais chaque chose en son temps, à l’heure actuelle tous les niveaux de l’État font face à une crise sans précédent, et il est donc particulièrement nécessaire de tout faire pour maintenir des services publics forts, et une fonction publique disposant de bonnes conditions de travail.

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