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Pour la «politique de l’arrosoir»!

Antoine Chollet •

Dans le parfait bréviaire de la droite suisse, il y a toujours eu cet argument censé tuer toute contestation: «c’est la politique de l’arrosoir!». Cela provoque généralement des réponses gênées de la gauche: «mais pas du tout, il s’agit de limiter les frais administratifs liés aux contrôles», ou «il vaut mieux ne pas mettre tous nos œufs dans le même panier», ou encore «les petites aides sont parfois les plus utiles». Qu’il s’agisse des assurances sociales, du financement de la culture et de la recherche, ou d’écologie, l’arrosoir semble toujours pour la droite le pire des instruments. Il n’y a guère que l’armée et la paysannerie qui semblent bien s’en accommoder, ce qui paraît compréhensible pour la seconde, surtout en période de sécheresse…

Plus sérieusement, la critique de cette politique de l’arrosoir par la droite est tout à fait symptomatique d’une allergie plus générale à toute idée d’universalité des services publics. En Suisse, elle considère que ces derniers ne peuvent qu’être résiduels et pallier les déficiences les plus graves du marché, des entreprises ou des individus. Ils ne doivent jamais fixer de nouvelles règles ou instituer de nouvelles pratiques.

Le monde de la droite est bien sûr fantasmatique. L’État a bien ce rôle, dans d’innombrables domaines et même en Suisse. L’AVS est un exemple idéal de «politique de l’arrosoir», le subventionnement des routes et des chemins de fer aussi, tout comme le financement de l’école obligatoire. Et, sans surprise, ces politiques fonctionnent généralement mieux que les autres, garantissent une vraie égalité entre tou·te·s les usagères·ers et entretiennent l’idée que le service public appartient à tout le monde. Les politiques ciblées, tout au contraire, conduisent à considérer leurs bénéficiaires comme des privilégié·e·s et les autres comme des pigeons que l’on rançonne.

Filons la métaphore: la manière la plus efficace de distribuer l’eau dans un jardin est bien d’utiliser un arrosoir et de le promener partout. Cela assurera l’irrigation de chaque recoin et garantira l’épanouissement de toutes les plantes, des grandes comme des petites, des plus résistantes comme des plus fragiles. En termes politiques maintenant, c’est en partant de l’égalité qu’on a les meilleures chances de la retrouver à la fin, et non en présupposant l’inégalité et en cherchant ensuite à la corriger.

Cet article a été publié dans Pages de gauche n° 117 (décembre 2012).

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