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Mieux produire pour consommer moins

La production de biens et de services est trop souvent eclipsée par la consommation. Les enjeux sociaux et écologiques contemporains nécessitent pourtant de concilier ces deux aspects.

«Mais tu ne souhaites quand même pas retourner à l’âge de pierre!» Cette réplique accusatrice résonne souvent comme l’argument ultime à celui ou à celle qui, lors d’une discussion, aura évoqué la crise écologique ou la «décroissance» matérielle. Bien que cette comparaison renvoie à une vision folklorique de la nature et de l’écologie, elle a néanmoins un mérite, celui de nous pousser à nous interroger sur la relation entre production et consommation. Toutefois, avant d’aller plus loin, il n’est pas inutile de rappeler que le fameux anthropologue Marshall Sahlins avait publié en 1976 une étude sur les sociétés primitives (Âge de pierre, âge d’abondance. L’économie des sociétés primitives) qui rompaient avec les préjugés. Il y démontrait que les sociétés primitives de l’âge de pierre vivaient, d’un strict point de vue économique, dans l’abondance, car elles jouissaient de beaucoup de temps libre. La limitation de leurs besoins restreignait ainsi la nécessité de la production.

Marshall Sahlins rappelait donc un aspect connu, bien qu’un peu oublié dans les discours néolibéraux actuels: le fait que la production ne constitue pas un aspect secondaire de tout système économique. Le néo-libéralisme fait plus que l’impasse sur cette question et ne traite principalement que de la consommation. Un exemple récent de cet «oubli de la production» est l’incantation à consommer plus par la grâce d’un «pouvoir d’achat» augmenté. Le débat est ainsi réduit à la question de la consommation ou plutôt à la seule capacité de consommer.

Tout n’est pas marchandise

De plus, l’accent mis sur la consommation masque les conditions (sociales et écologiques) souvent difficiles dans lesquelles les biens ou les services sont produits. D’autre part, la vue à travers la lorgnette de la consommation renforce le sentiment que tout est marchandise, que tout est un bien. Or tel n’est pas le cas: l’eau, par exemple, n’est pas un bien, mais fait partie de cycles naturels (ou «bio-géochimiques») qui rendent possible l’habitabilité de la terre. Ainsi, un discours uniquement basé sur la consommation s’intègre très bien dans la logique capitaliste. Replacer au centre de la réflexion la production permet donc de renverser la perspective et offre l’opportunité de sortir des discours moralisateurs ou basés sur une «éthique» qui sont souvent injustement culpabilisants.

Très concrètement, de nombreuses initiatives s’inscrivent dans cette démarche. Ces initiatives, qui relèvent donc de la logique de «produire moins et mieux», rencontrent d’ailleurs souvent beaucoup de succès. Prenons seulement l’exemple de l’agriculture dite de «proximité»; dans toutes les régions suisses, des réseaux de production formalisés (tels les Jardins de Cocagne genevois, ou les Jardins du Flon vaudois) ou des systèmes moins formels (entente avec l’agriculteur-trice) existent. Ces systèmes décentralisés à la logistique légère et efficace et à la convivialité certaine sont en pleine expansion. En relocalisant la production, en créant du lien social, ces systèmes posent à leur manière la question de la production.

Ces heureuses initiatives nous indiquent qu’il n’est peut-être point besoin d’enfouir le CO2, de fertiliser les océans ou de «mettre en service» des plantations géantes pour ralentir l’activité industrielle de l’espèce humaine. Ces «méga-technoprojets» ne permettent en rien de repenser les modes et rapports de production. En quelque sorte, l’étape du «consommer moins» est une étape qui se devrait transitoire vers le «produire moins et mieux».

 

 

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