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La sale guerre contre George Soros

George Soros, philanthrope et fondateur de l’Open Society Foundation, est attaqué à la fois par l’extrême droite et par la gauche staliniste. Pourquoi la gauche démocratique devrait-elle défendre le propriétaire multimilliardaire d’un hedge fund qui spécule sur les principales monnaies de la planète?

Dans l’histoire du capitalisme, il n’y a jamais eu autant de milliardaires qu’aujourd’hui. Collectivement, ils concentrent entre leurs mains des montants encore jamais vus par le passé. Individuellement, pour la plupart, ils et elles demeurent inconnus de l’opinion publique, et poursuivent leur existence de milliardaires en privé.

Certain·e·s, cependant, sont devenus des figures publiquement exposées de différentes manières, allant des frères Koch, qui sont des soutiens du Parti républicain aux États-Unis et de groupes d’extrême droite dans différents pays, au cynisme joyeux de Warren Buffet («Oui, il y a une lutte de classe et c’est ma classe qui est en train de la gagner») et à Bill et Melinda Gates, dont la fondation soutient un large éventail de causes libérales plutôt consensuelles. Et puis il y a George Soros.

George Soros et ses ennemis

Le cas de George Soros est unique dans la mesure où il est le seul milliardaire connu à promouvoir activement des causes progressistes par l’intermédiaire de son Open Society Foundation, et qu’il est devenu la cible, précisément pour cette raison, de campagnes de diffamation invraisemblables menées par des chefs de gouvernement, des adeptes des théories du complot et des bandits politiques allant de l’extrême droite à une gauche dévoyée. Une grande partie de ces attaques provient d’Europe de l’Est, mais pas seulement. Pourquoi en est-il ainsi?

Tout comme le négatif d’une photographie montre parfois des détails révélateurs qui ne sont pas visibles avec la même clarté dans la photographie elle-même, le contour de certaines personnalités devient plus précis lorsqu’elles sont définies par leurs ennemis.

S’agissant de Soros, la liste commence inévitablement par Viktor Orban, l’autocrate qui a inventé la «démocratie illibérale», une contradiction dans les termes et un mensonge délibéré: quand une démocratie est «illibérale», ce n’est pas une démocratie mais autre chose. Orban a obtenu une majorité écrasante aux récentes élections législatives (sauf à Budapest où l’opposition a remporté les deux tiers des sièges), ce qui a permis le maintien au pouvoir de son parti, le Fidesz. Il a gagné ces élections en faisant peur au peuple hongrois avec un autre mensonge délibéré. Il a affirmé que le concept d’une «société ouverte» utilisé par Soros faisait partie d’un plan secret visant à inonder la Hongrie (et l’Europe de l’Est) de millions de réfugié·e·s du Moyen-Orient (donc des musulmans) qui allaient menacer l’intégrité et l’identité de la nation hongroise. Ce mensonge a été répandu dans toute la Hongrie à l’aide d’une campagne politique gigantesque qui a multiplié les discours racistes et antisémites (Soros est d’origine hongroise et il est juif, donc forcément suspect d’ourdir des «complots juifs»).

En fait, le concept de «société ouverte» trouve son origine chez Karl Popper (1902-1994), un politologue et philosophe autrichien. Popper était un marxiste radical dans sa jeunesse, il a rompu avec le marxisme après une expérience traumatisante avec l’aventurisme communiste en 1919, puis il s’est orienté vers la social-démocratie et le libéralisme, et, en 1938, il s’est enfui en Grande-Bretagne lorsque l’Autriche a été annexée par l’Allemagne nazie. Lorsque la guerre a éclaté, il s’est rendu en Nouvelle-Zélande où il a enseigné à l’Université de Nouvelle-Zélande, et où il a également donné des conférences pour la Workers’ Education Association. Pendant la guerre, il a écrit son principal livre politique: The Open Society and its Enemies (La société ouverte et ses ennemis), publié en 1945[1]. C’est un manifeste pour la défense de la démocratie libérale, contre le nazisme et contre le stalinisme.

Après la guerre, Popper est retourné en Grande-Bretagne où il a repris sa carrière académique. L’un de ses étudiants à la London School of Economics était George Soros, qui avait personnellement assisté à la destruction de la démocratie par les systèmes totalitaires et était par conséquent déterminé à la défendre. Soros est un disciple de Karl Popper. Sa Open Society Foundation a été nommée en l’honneur du livre de Popper.

Orban le sait, bien sûr. En 1989, il a reçu une bourse de la Fondation Soros pour étudier la science politique au Pembroke College d’Oxford. Il tente actuellement de fermer l’Université d’Europe centrale (CEU), fondée en 1991, établie à Budapest et financée par George Soros, dans le but de promouvoir des sociétés ouvertes.

S’agissant des accents antisémites des attaques d’Orban et de son incitation à la haine contre les réfugié·e·s, on aurait pu s’attendre à une approche plus prudente de la part du dirigeant d’un pays qui, en 1944, a envoyé 430’000 de ses citoyen·ne·s dans des camps d’extermination nazis du seul fait qu’ils et elles étaient Juifs[2], et où quelque 200’000 de ses citoyen·ne·s ont dû fuir en Autriche et en Yougoslavie en 1956 quand la Révolution hongroise a été écrasée par les troupes soviétiques. Mais cet homme n’a aucune honte.

Alors qu’Orban égare et effraie le peuple hongrois avec ses mensonges et ses «fake news», le Fidesz ne cesse d’imposer un programme de contre-réformes qui comprend le démantèlement du système public de protection sociale, avec des réductions massives des prestations, un système de retraite insoutenable, une diminution des aides à la santé et à l’éducation, et un discours réactionnaire sur les questions de genre rempli de références patriarcales et médiévales.

On trouve les seconds adversaires de Soros en Roumanie. Les présidents du soi-disant «Parti social-démocrate» actuellement au pouvoir, Victor Ponta et son successeur Liviu Dragnea, l’actuel vice-premier ministre, tous deux reconnus coupables de fraude et de corruption, ont eux aussi attaqué Soros. La dernière attaque en date est due à Dragnea, qui a relié Soros à une organisation étrangère de renseignement sans préciser de laquelle il s’agissait.

Un mensonge politique plus ancien en Roumanie est que le «Parti social-démocrate» est, en effet, un parti social-démocrate. Or ce parti est plutôt l’organisation de l’élite kleptocrate héritée de l’ancien régime communiste. S’ils peuvent maintenir cette illusion, c’est que plus personne ne se souvient de ce qu’est censé être un parti social-démocrate. C’est ce même parti qui a tenté de modifier la législation existante avec pour but de légaliser la corruption et qui a ordonné la fermeture de l’autorité anti-corruption du gouvernement, conduisant des centaines de milliers de citoyen·ne·s indigné·e·s à manifester dans les rues de Bucarest pendant tout le mois d’août en demandant la démission du gouvernement.

Il ne s’agit pas en l’occurrence d’un clivage entre droite et gauche. Il n’y a plus de gauche en Roumanie, à l’exception de petits cercles d’intellectuel·le·s. Il n’existe plus que deux mouvements de masse: le parti pro-corruption (pour l’instant au gouvernement), et la coalition anti-corruption (dans l’opposition), soutenue par le président Klaus Johannis, par ailleurs menacé de destitution par le parti gouvernemental. Le 22 août, le parti pro-corruption a reçu un soutien inattendu de Rudolph W. Giuliani, l’avocat du président américain Donald Trump mais qui a prétendu n’agir qu’à titre personnel, lequel, dans une lettre ouverte au président roumain, a déploré les «excès» de la campagne anti-corruption en Roumanie.

Le mouvement anti-corruption a appelé l’Union européenne à l’aide. Malheureusement, le groupe social-démocrate du Parlement européen, dont la plupart des député·e·s ne savent rien de la situation politique en Roumanie et ont oublié une grande partie de ce qu’ils avaient peut-être un jour su sur le socialisme, hésite pour des raisons opportunistes et partisanes à s’opposer à un parti qui fait partie de son groupe. Ce n’est pas le cas du groupe Les Verts/Alliance Libre Européenne, qui a mieux compris la situation et a ainsi fait preuve d’un autre niveau d’intégrité.

En octobre de cette année, Donald Trump, le président le plus réactionnaire et le  plus corrompu que les États-Unis aient connu depuis les années 1920, accusait Soros d’être l’organisateur des manifestations de femmes contre  son candidat à la Cour Suprême.

Et puis, comme on pouvait s’y attendre, cette constellation anti-Soros comprend le leader incontesté de l’assaut autoritaire et néo-fasciste auquel on assiste au niveau international et son principal coordinateur: Vladimir Poutine. Dès 2015, le gouvernement russe a interdit à deux organisations du réseau caritatif de Soros, l’Open Society Foundation et l’Open Society Institute, d’être actives dans le pays, alléguant qu’elles représentaient une «menace pour les fondements du système constitutionnel de la Fédération de Russie et pour la sécurité de l’État».

Poutine avait accusé Soros d’avoir parrainé la révolution populaire en Ukraine en 2014 qui avait balayé le régime soutenu par Poutine et l’avait remplacé par une société politique démocratique. Il faut peut-être rappeler qu’il y a une grande différence entre soutenir un mouvement démocratique de masse, qui est une activité courante et légitime, et créer un mouvement démocratique de masse, ce qui n’est pas du pouvoir de quelque milliardaire que ce soit, aussi puissant et fortuné soit-il. Poutine, cependant, souscrit à la conception policière de l’histoire selon laquelle les peuples se voient refuser la capacité de mener des révolutions démocratiques de manière indépendante[3]. Les révolutions ne peuvent qu’être le résultat de complots, ou encore, comme Staline l’avait dit: «les cadres décident de tout».

Dans une interview accordée au début de cette année, Poutine a eu l’audace de comparer l’«ingérence» des fondations Soros avec celle des agents russes dans les élections démocratiques, comme lors des élections présidentielles américaines de 2016. On observe donc le dirigeant autocratique d’un pays puissant gouverné par un cercle restreint d’ancien·ne·s agent·e·s du KGB, où les opposant·e·s politiques sont assassinés en toute impunité, ayant régulièrement recours au chantage militaire contre ses voisins, sauvant une autocratie meurtrière en Syrie en prolongeant une guerre civile qui jette des millions de réfugié·e·s sur la route de l’exil, osant comparer son effroyable bilan à l’activité des fondations de Soros.

Nous pourrions continuer la liste: de la Macédoine au Kazakhstan en passant par la Pologne, la Turquie, et les Philippines, les autocrates et les politiciens réactionnaires ont attaqué Soros et harcelé ou directement réprimé sa fondation, la dénonçant comme une menace à l’ordre établi – à leur ordre établi bien sûr.

Faut-il soutenir George Soros?

Le GLI (Global Labour Institute) est une organisation de soutien au mouvement ouvrier qui est guidée par les principes et les valeurs du socialisme démocratique. Où en sommes-nous par rapport au milliardaire George Soros et à l’Open Society Foundation? Examinons les questions principales qui se posent à nous.

George Soros est un «démocrate libéral»? Nous soutenons les démocrates, de préférence sans adjectifs, mais nous acceptons des adjectifs qui élargissent et approfondissent le sens de la démocratie comme «démocratie sociale», et non ceux qui restreignent ou falsifient son sens. La «démocratie illibérale» d’Orban est un mensonge éhonté, tout comme sa cousine la «démocratie dirigée» qui ne peut être prise au sérieux que dans les pays où la réalité dépasse constamment la satire. De plus, il n’y a rien d’«occidental» dans la démocratie: c’est une valeur universelle. Nous en avons encore eu une preuve cette année lorsque des mouvements démocratiques sont apparus en Malaisie, remplaçant un régime qui menaçait de se transformer en une autocratie corrompue. Et nous pouvons également rappeler que c’est la démocratie qui constitue la principale question litigieuse entre Taiwan et Hong Kong d’une part, qui essaient de préserver une société où la liberté et la justice continuent d’exister, et le pouvoir chinois de l’autre, qui tente de leur imposer un pouvoir autocratique.

Dans son sens philosophique, le mot «libéral» est redondant car la démocratie ne peut être que libérale, et dans son sens économique, il est restrictif, et trop facilement associé au «néolibéralisme». Comme nous le savons tou·te·s, au sein même des sociétés démocratiques, l’autocratie demeure une réalité dans le monde du travail. Nous serions évidemment très heureux que Soros reconnaisse explicitement que les droits des travailleuses et des travailleurs et les droits syndicaux font partie intégrante des droits fondamentaux qu’il a défendus si efficacement.

George Soros est juif? Ici la réponse est facile: nous sommes aux côtés des Juifs. Pas avec Netanyahou, qui est une petite crapule et qui devrait être en prison. Non, avec le peuple juif, pour sa contribution extraordinaire à une société humaine éclairée, pendant des millénaires, malgré des persécutions et des discriminations horribles à son égard. Nous sommes aux côtés de nos camarades du mouvement syndical juif. Nous honorons la mémoire du Bund, le parti du prolétariat juif en Europe de l’Est, un parti important de la gauche socialiste avant la Seconde Guerre mondiale, le seul parti de masse socialiste de l’histoire à avoir été détruit, non parce que ses dirigeant·e·s ont été emprisonnés ou tués, mais parce que ce sont ses membres mêmes qui ont été exterminés. Nous honorons la mémoire de Henryk Ehrlich et Viktor Alter, dirigeants du Bund – Alter était membre de l’exécutif de l’Internationale socialiste – qui ont été assassinés en Union soviétique où ils s’étaient réfugiés après l’invasion nazie de la Pologne en 1939. Nous honorons la mémoire de Marek Edelman, le chef militaire du Bund qui a combattu les Waffen SS lors de la révolte du ghetto de Varsovie en avril 1943, qui a survécu pour rejoindre la résistance polonaise et qui a été un leader de Solidarnosc dans les années 1980. Et, oui, nous rendons hommage à la gauche sioniste qui s’est battue avec le Bund et les sionistes travaillistes dans le ghetto de Varsovie et qui, après la guerre, a été la première à préconiser une solution à deux États pour une coexistence fraternelle avec les Arabes de Palestine. Pour le dire aussi clairement que possible: nous voulons que la canaille antisémite sache, quelle qu’elle soit et où qu’elle se trouve, que nous sommes debout, à côté des Juifs.

Mais attendez, on nous dit que George Soros n’a jamais eu aucun lien avec le mouvement syndical. Comment un milliardaire peut-il être notre allié? La réponse est que nous traitons ici de questions simples. La réalité dominante dans la politique mondiale d’aujourd’hui est l’avancée incessante des forces réactionnaires qui, sous différentes appellations, convergent pour détruire tous les éléments progressistes dont nous avons hérité dans les sociétés européennes et nord-américaines – et ailleurs aussi – après la victoire sur le fascisme à la fin de la Seconde Guerre mondiale, et pour, finalement, détruire la démocratie elle-même. Pour le mouvement syndical, il s’agit d’une question existentielle. Il n’y a pas de problème plus pressant à l’heure actuelle.

La démocratie est en danger

La démocratie électorale – le suffrage universel et le droit de vote des femmes – et plus tard les différentes mouvements de démocratisation dans les relations sociales et économiques, ont été les principales réalisations historiques du mouvement syndical: la conquête de la liberté de pensée, de la liberté d’association, de la liberté d’expression et de publication, du droit de grève, du droit à l’éducation et à la santé gratuites, entre autres. Tout cet édifice institutionnel et culturel créé pour assurer une société de liberté et de justice aux citoyen·ne·s ordinaires est aujourd’hui menacé, et les syndicats, comme souvent, sont en première ligne parce qu’ils sont la seule structure démocratique à pouvoir résister, même si tous ne le savent pas toujours.

Les syndicats ne sont pas nécessairement menacés de suppression pure et simple. Ce genre de répression est trop grossier et peut attirer sur elle une attention non désirée. Des méthodes plus sophistiquées sont disponibles, plus conformes à l’esprit de l’époque. Mieux vaut garder intactes les apparences extérieures tout en faisant des organisations syndicales des outils au service de l’État. La subversion et la corruption des syndicats sont aujourd’hui largement utilisées par les autocraties, qui les accompagnent par des menaces directes lorsque c’est nécessaire. Ces attaques ne reçoivent pas l’attention requise par le mouvement syndical international.

Avons-nous besoin d’un milliardaire pour nous défendre? Bonne question. Qui d’autre pourrait remplir ce rôle? Regardez autour de vous: les principales institutions du mouvement syndical international sont inaudibles. La Confédération syndicale internationale (CSI) et certains de ses alliés sont trop occupés à recruter les soi-disant syndicats alliés de Poutine et d’autres gouvernements autoritaires. La Confédération européenne des syndicats (CES) est accaparée par la politique de l’Union européenne. L’Organisation internationale du travail (OIT) est en train de perdre son rôle central dans la promotion des droits fondamentaux des travailleuses·eurs et est devenue de plus en plus technique, bureaucratique et inutile, avec des représentant·e·s des travailleuses·eurs en son sein qui semblent s’être endormis. La conscience internationale s’est spectaculairement affaiblie au XXIe siècle. Les confédérations nationales et les syndicats sont pour la plupart pris dans des problèmes à courte vue, hypnotisés par la danse macabre du «populisme de droite», remportant quelques batailles tout en étant en train de perdre la guerre.

Soros ne résoudra pas nos problèmes, mais ses ennemis sont les mêmes que les nôtres, et pendant ce temps son Open Society Foundation est un barrage très important contre les forces de la tyrannie. Pour le temps ainsi gagné, nous devons lui être reconnaissants – et en faire bon usage.

Soros est un franc-tireur, un milliardaire avec une conscience, et cette conscience lui dit que les activités au service de la collectivité sont plus importantes que l’accumulation de la richesse personnelle. L’année dernière, il a fait don de 18 milliards de dollars à sa Open Society Foundation, sur une fortune estimée à 32 milliards de dollars, faisant d’elle la troisième plus importante au monde et l’opposante actuellement la plus efficace contre toutes les formes d’autocratie, de tyrannie et de dictature. C’est la raison pour laquelle il est craint par tous les ennemis de la démocratie, qui ne se trompent pas d’adversaire, eux. C’est de cela qu’il s’agit dans la guerre internationale qui a été lancée contre Soros.

Dan Gallin

(trad. fr.: www.deepl.com et AC)

Article paru initialement en anglais sur le site du GLI:


[1] Karl Popper, La société ouverte et ses ennemis, 2 vol., Paris, Le Seuil (« Points »), 2018.

[2] Il faut ajouter à ce chiffre 19’000 assassinats en 1941 et en 1942, puis 80’000 en 1944, perpétrés par les autorités hongroises.

[3] Manès Sperber, «La conception policière de l’histoire», in Le talon d’Achille, Paris, Calmann-Lévy, 1957.

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