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La Gauche 10%

Dans plusieurs pays européens il existe, à côté des partis socialistes ou sociaux-démocrates, des partis socialistes de gauche, issus de dissidences des partis socialistes ou communistes, qui se situent à la gauche de la social-démocratie. Laissant de côté les sectes qui existent partout et qui sont insignifiantes sur le plan électoral, c’est le cas au Danemark, en Finlande, en Norvège, aux Pays-Bas, en Allemagne, en France, au Portugal, en Grèce.

A l’exception de la Grèce où SYRIZA fait un score de plus de 28% aux législatives de juin dernier, et Die Linke en Allemagne avec 12% en 2009, tous ces partis restent en dessous des 10% [1]

La coalition de la Izquierda Unida en Espagne, où le PCE est dominant, le Parti de Gauche suédois qui est le PC recyclé et la Rifondazione Comunista en Italie, où des marxistes révolutionnaires côtoient des staliniens impénitents,  remplissent à peu près le même espace politique. En Grande-Bretagne, la gauche socialiste est inexistante sur le plan électoral mais influente dans la majorité des syndicats, qui sont la vraie opposition de gauche dans la société.

Que veut la Gauche socialiste, là où elle est organisée en parti? En coalition avec un parti social-démocrate dominant, elle cherche à pousser la politique du gouvernement vers la gauche (Danemark, Norvège), ou elle espère être dans cette situation (Allemagne). Ou bien, elle reste une opposition de gauche, plus ou moins constructive, même quand le gouvernement est socialiste (France, Portugal). Dans de très rares cas, elle espère supplanter le parti social-démocrate comme parti représentatif de la gauche (Pays-Bas) ou même elle y arrive (Grèce).

La crise actuelle du régime capitaliste en Europe a fait naître l’espoir, dans la gauche de la gauche, de se rapprocher de ses objectifs à court terme. Dans ce sens, les élections législatives en France en juin dernier et aux Pays-Bas en septembre constituent un recul. En France, le Front de Gauche qui espérait 15%, se retrouve avec moins de 7% au premier tour. Aux Pays-Bas, le Parti socialiste auquel les sondages avaient donné 20% jusqu’en août (PdG 110) finit par rassembler  moins de 10% des électeurs. Que s’est-il passé?

Il y a évidemment des explications particulières à chaque pays. En France, le Front de Gauche a fait une campagne très personnalisée autour de sa figure de proue Jean-Luc Mélenchon. Son erreur tactique de se présenter contre Marine Le Pen à Hénin-Liancourt, alors qu’un candidat socialiste, Philippe Kemel, était présent (et qui a fini par battre Le Pen au deuxième tour) a sans doute desservi le Front. Le poids du PC dans la coalition du Front n’était pas non plus fait pour attirer des électeurs socialistes cherchant une alternative de gauche au PS.

Aux Pays-Bas, le Parti du Travail (PvdA) représentant la social-démocratie historique, qui avait dégringolé dans les sondages jusqu’à moins de 10% pour avoir soutenu la politique “d’austérité” du gouvernement bourgeois, avait pris des mesures pour éviter l’effondrement électoral. D’une part, en mars, il avait appelé à sa tête un nouveau président, Diederik Samsom, 41 ans, ancien militant de Greenpeace, crédible pour la gauche. D’autre part, le PvdA avait infléchi sa position, plus critique face aux recettes économiques de la troïka (Union européenne, Banque européenne, Fonds Monétaire International). Enfin, Emile Roemer, président du Parti socialiste, s’était montré moins bon que Samsom dans un débat  télévisé le 26 août,  un “moment charnière” dans la campagne électorale, selon la presse. Résultat: 19,6% pour le PvdA, 9,8% pour le PS.

Une consolation cependant: le parti d’extrême droite de Geert Wilders est le grand perdant de ces élections, passant de 15,4% (24 sièges) à 10,1% (15 sièges), alors que le PS ne perd rien, conservant ses 15 sièges. La défaite du PS consiste à ne pas avoir doublé sa représentation, comme les sondages le laissaient prévoir.

Que faut-il conclure? Il faut évidemment admettre la défaite de la gauche socialiste. D’autre part, il est clair que tous les problèmes soulevés par cette gauche socialiste restent entiers. En France, le Front de Gauche a “remis au centre les questions politiques essentielles, telles le partage des richesses, la solidarité entre toute-s les travailleurs et travailleuses  et la capacité d’agir sur le monde” (PdG 112). Jusqu’où le gouvernement de François Hollande pourra-t-il aller pour répondre à ces attentes? Aux Pays-Bas, on s’achemine vers une “grande coalition” entre le VVD, parti gagnant de la droite, et le PvdA, parti gagnant de la gauche. Ces partis ont mené une campagne électorale avec des programmes contradictoires. Où, et au dépens de qui, les compromis inévitables seront-ils faits?

En attendant: au-delà des contingences électorales, il faut réfléchir sur les raisons profondes de la défaite de la gauche socialiste. En Europe, depuis le naufrage stalinien de ce qui aurait pu être l’option révolutionnaire, et en tout cas depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, il n’existe que deux espaces politiques: celui de la droite, occupé par des partis conservateurs, peu fiables sur la démocratie dans des situations de crise économique, et celui de la gauche, occupé par la social-démocratie. Cet espace reste stable, profondément ancré dans le peuple de gauche, à cause d’une histoire centenaire, malgré les errances et, disons-le, les trahisons des partis qui le représentent.

Ceci veut dire que le débat, et le conflit quand il y a lieu, entre la gauche socialiste et la droite, prête à s’écraser devant l’adversaire, n’a de sens que dans l’espace politique de la social-démocratie. C’est dans cet espace que les vrais enjeux du socialisme se décident. Et ils ne sauraient se décider sans une alliance avec le mouvement syndical, qui reste la première et la dernière tranchée de résistance de la société contre l’offensive néolibérale qui nous accable.

La Grèce est un cas spécial. D’une part, le régime d’austérité qui lui a été imposé par les instruments du capitalisme européen et international est exceptionnellement violent et appelle une réaction proportionnelle à l’agression subie. D’autre part, le parti social-démocrate, le PASOK, est un parti récent, clientéliste et instable, et ne peut prétendre à représenter le peuple de gauche de son pays.

 


[1] Italie (Gauche Arc-en-ciel): 3,08% (2008), Portugal (Bloc de Gauche): 5,17% (2011), Suède (Parti de gauche): 5,60% (2010), France (Front de Gauche): 6,91% (2012), Espagne (Izquierda Unida): 6,92% (2011), Finlande (Alliance de Gauche): 8,15% (2011), Norvège (Gauche socialiste): 8,8% (2005), Danemark (Parti socialiste du peuple): 9,1% (2011), Pays-Bas (Parti socialiste): 9,6% (2012).

 

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