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La Boétie, « De la servitude volontaire »

Ce texte de 1549 rédigé par un très jeune homme de 18 ans contre l’absolutisme fournit des réflexions toujours très pertinentes sur les raisons qui poussent les humains à céder leur liberté à un tyran. Reconnaissant à chacun·e son statut de sujet pensant et agissant, La Boétie se demande ce qui peut bien nous pousser à nous mettre en servitude. Son propos est ainsi autant un éloge de la liberté qu’une exhortation à nous rappeler que pour se libérer, il suffit de le vouloir: « Soyez résolus de ne servir plus, et vous voilà libres. » 

Rejetant rapidement des explications de la servitude qui auraient pu être valables mais ne sont point réelles, comme la faiblesse ou la bonté, l’auteur s’ingénie à montrer le rôle de « la nourriture », en d’autres termes la « socialisation »; c’est parce que les humains naissent sous le joug du tyran qu’ils « prennent pour leur naturel l’état de leur naissance ». Car pour La Boétie, si on connaît la liberté, on la défend! Pour les tyrans, un autre moyen de priver les humains de liberté est d’user de ruse, en invoquant par exemple l’urgence de la guerre pour obtenir les pleins pouvoirs et les conserver en temps de paix. 

Bien sûr, il y a toujours quelques personnes pour désirer la liberté, même sans l’avoir connue, mais elles sont empêchées de se rassembler, « la liberté leur est toute ôtée, sous le tyran, de faire, de parler et quasi de penser; ils deviennent tous singuliers en leurs fantaisies ». En effet, si les asservi·e·s peuvent oublier leur liberté naturelle, les tyrans, eux, ne perdent pas de vue le statut précaire de leur pouvoir, ce qui les rend paranoïaques, et ils cherchent donc activement à le maintenir, notamment en endormant le peuple par la bonne vieille technique « du pain et des jeux ». 

La Boétie souligne également que le pouvoir d’un tyran ne tient pas qu’à lui, mais bien à un système hiérarchisé de faveurs, le tyran ayant une poignée de personnes autour de lui, qui ont elles-mêmes leurs «favoris», etc. Et ce système s’entretient par le biais des faveurs personnelles, qui profitent à bon nombre. L’auteur rappelle toutefois que ceux et celles qui se croient ainsi privilégiés sont en réalité les moins libres. Premiers boucs émissaires du tyran, ils ne connaissent de plus pas l’amitié, car seul le complot réunit les escrocs… 

Toute ressemblance avec des événements ou des personnes ayant existé ne serait que fortuite et pure coïncidence. Ou pas. 

Stéphanie Pache

À lire : Étienne de la Boétie, Le discours de la servitude volontaire, Paris, Payot, 2002.

En ligne : https://fr.wikisource.org/wiki/Discours_de_la_servitude_volontaire/Édition_1922/Texte_entier 

Article publié dans Pages de gauche n° 124, juillet-août 2013.

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