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Julian Assange: C’est la liberté d’informer que l’on attaque

Le procès en extradition de Julian Assange s’ouvrira à Londres à la fin du mois de février 2020. Alors qu’il était réfugié depuis 6 ans à l’Ambassade d’Équateur à Londres, Assange y a été arrêté au printemps dernier par la police britannique pour être placé en détention en vue d’extradition, à la demande des États-Unis.

Il faut soutenir Julian Assange et dire clairement que la procédure à laquelle il fait face est proprement scandaleuse. En disant cela, il ne s’agit évidemment pas de soutenir l’ensemble des actes de l’homme qu’est Assange, qui a été accusé de viol dans une procédure suédoise. Cette procédure pour viol a entretemps été abandonnée. Il est évident que si les faits dont on l’accusait le justifie, Julian Assange doit répondre de ses actes, dans le cadre de procédures justes, respectant les droits de la défense et la présomption d’innocence. Cela étant, il faut strictement distinguer cette affaire de la procédure d’extradition.

En l’occurrence, la demande d’extradition provient des États-Unis, qui souhaitent juger Assange pour espionnage, faits pour lesquels il est passible d’une peine de prison d’une durée astronomique. On notera qu’il ne serait pas passible de la peine de mort, sans doute parce que si tel était le cas, l’extradition pourrait s’avérer contraire à la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’homme. Les promesses des États-Unis dans ce type de procédure n’engagent toutefois que celles et ceux qui y croient. Or, les faits qui sont qualifiés d’espionnage relèvent de la diffusion d’informations (notamment sur les exactions de l’armée américaine en Irak) pour lesquelles il existait, et existe toujours, un intérêt public évident à ce qu’elles soient rendues publiques, même et surtout contre la volonté des États.

On peut évidemment se questionner sur le but d’Assange lorsqu’il a lancé et animé Wikileaks, sur son positionnement politique et sur l’objectif politique poursuivi. Ce n’est pas ce qui importe pour l’instant. Même si le positionnement politique d’Assange ne rejoint pas la ligne de Pages de gauche, notamment par des revendications qui le rattachent plutôt à la tradition libértarienne, et si l’intéressé était sans doute aussi attiré par les projecteurs sur sa personne, c’est ici le principe de la liberté de la presse et de l’information qui est attaquée.

La méthode appliquée est révoltante. La première puissance mondiale, qui s’est arrogée le droit d’aller chercher coûte que coûte une personne qui bénéficiait pendant longtemps de la protection attachée au statut de l’ambassade, relève de l’usage de la force brute. Par ailleurs, les conditions de détention d’Assange, maintenu jusqu’à il y a peu à l’isolement, ont été fortement dénoncées par ses avocat-e-s. Ceux-ci remettent en cause la régularité de la procédure d’extradition menée au pas de charge, tandis que le prévenu se plaint de ne pas avoir accès aux pièces nécessaires à préparer sa défense.

Compte tenu des forces en présence et des enjeux du procès en extradition, qui est une attaque contre la liberté d’informer, nous ne pouvons aujourd’hui qu’exprimer notre pleine solidarité à Julian Assange.

Arnaud Thiéry

webmaster@pagesdegauche.ch

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