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Hong Kong : où sont les progressistes?

CHRONIQUE

Depuis le 9 juin le territoire de Hong Kong connaît des manifestations très importantes contre un projet de loi portant sur l’extradition de prisonnières·ers vers la Chine continentale. Comme Frank Hoffer le montre dans cet article écrit en août, cette lutte nous concerne toutes et tous.

Des milliers de personnes sont en train de se battre pour la liberté et la démocratie à Hong Kong. Elles s’opposent avec détermination, inventivité et courage à la montée d’un pouvoir autoritaire. Tandis que l’Europe semble tétanisée devant Boris Johnson, Victor Orban, Matteo Salvini et consorts, pendant que les Démocrates aux États-Unis se déchirent autour de différences politiques minuscules au lieu de s’unir contre le harceleur en chef, ces jeunes gens sont en train de se battre pour notre futur.

Le peuple de Hong Kong est pour nous une inspiration de première importance. Contre toute attente, il s’est soulevé. La realpolitik dira immédiatement qu’il ne peut pas gagner, bien sûr. Il ne peut pas gagner, de la même manière que les ouvriers·ères polonais·es des chantiers navals Lénine de Gdansk ne pouvaient gagner en 1981. À cette époque, la gauche progressiste dite raisonnable leur disait que leur cause était juste mais qu’ils et elles avaient la malchance de vivre du mauvais côté du rideau de fer. Aujourd’hui, le consensus silencieux de la gauche occidentale semble être de rester calme afin de ne pas provoquer la Chine. L’accès au marché chinois ou aux investissements chinois à l’étranger semble être devenu la plus haute valeur occidentale.

Voici des personnes qui se battent pour ce qui nous est le plus cher : la liberté, la justice et la démocratie. Elles ne sont pas téléguidées par le gouvernement américain, elles veulent simplement décider de leur propre avenir. Elles souhaitent un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple. Elles ont fait preuve d’une incroyable discipline et d’une remarquable intelligence tactique afin de conserver l’énergie du soulèvement tout en durcissant progressivement leur lutte.

Devrions-nous les aider et pouvons-nous les aider ? La réponse est positive dans les deux cas !

Un soutien occidental ne provoquerait-il pas une répression par la Chine continentale ? Personne ne le sait. Ce que nous savons, c’est que le silence occidental n’a pas arrêté la répression massive en Chine, y compris des plus modestes manifestations de la société civile ou des mouvements syndicaux indépendants. Le gouvernement chinois interprète le silence occidental, non pas comme une retenue calculée afin de maintenir le dialogue ouvert et de permettre quelques améliorations dans les libertés civiles, mais pour ce qu’il signifie effectivement : l’apaisement au nom des affaires.

Mais pouvons-nous faire quelque chose ? Bien sûr que oui.

Pour commencer nous devrions écouter les habitant·e·s de Hong Kong et leur donner la parole dans nos sociétés. Les universités, les partis politiques, les parlements devraient organiser des conversations régulières avec elles et eux, leur demander directement ce qui se passe dans leur ville et leur donner une chance de parler au monde entier. Ils et elles sont intelligent·e·s et courageuses·eux. Ce sont des radicaux pragmatiques qui osent l’impossible, parce que c’est leur seule chance de protéger les libertés limitées garanties par le statu quo. Ces gens ont des choses importantes à dire à toutes les personnes qui sont attachées à la liberté et à la démocratie, partout dans le monde. Alors que Vladimir Poutine soutient une internationale anti-européenne de droite, que Donald Trump est en faveur d’un « hard Brexit » pour accélérer la désintégration de l’Europe et que le projet chinois de « nouvelles routes de la soie » profite des frustrations des anciens pays d’Europe de l’Est envers l’UE, les défenseuses·eurs les plus déterminé·e·s des valeurs européennes se trouvent aujourd’hui à l’aéroport de Hong Kong. Leur succès serait un formidable tremplin pour l’avancée d’une vraie démocratie dans le monde entier et vice versa. Ce qui se passe à Hong Kong n’est donc pas une affaire régionale.

Ensuite, les démocrates occidentaux doivent demander aux entreprises de cesser le « business as usual ». Le message qui doit être adressé aux autorités de Hong Kong et Pékin est que ce ne sont pas les manifestations, mais leur répression par le pouvoir qui mettrait l’économie hongkongaise en péril. Le monde de l’économie doit dire clairement et fortement que la conséquence d’une répression du mouvement décidée par les autorités serait un désinvestissement de sa part dans la région.

Les entreprises doivent aussi savoir que le silence a un prix. Celles et ceux qui sont attachés à la démocratie dans nos sociétés et nos gouvernements doivent appeler les institutions financières et les multinationales occidentales à prendre la parole maintenant. Ces entreprises doivent savoir qu’elles feront face à l’opprobre public si elles placent trop manifestement l’argent avant les êtres humains.

Troisièmement, les gouvernements européens doivent être clairs dans leurs discussions avec le gouvernement chinois quant aux inévitables conséquences économiques et diplomatiques si ce dernier n’écoute pas la voix des habitant·e·s de Hong Kong.

Quatrièmement, des manifestations devraient être organisées dans les rues des villes européennes en solidarité avec le peuple de Hong Kong pour montrer que nous partageons leurs valeurs.

Et enfin, cinquièmement, l’Europe devra offrir un asile sûr aux manifestant·e·s si le pire devait arriver.

Frank Hoffer
Global Labour University
(trad. par AC)

version courte parue dans Pages de gauche no 173

Version originale

webmaster@pagesdegauche.ch

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