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Élections douces-amères à Bienne

Hervé Roquet •

Les élections communales de Bienne sont passées inaperçues dimanche dernier 27 septembre lors de l’analyse des résultats des votations nationales et cantonales. Cependant, pour la gauche cette élection est particulièrement intéressante. Dans son ensemble le résultat est plutôt bon pour celle-ci : maintien de la majorité rouge-verte au conseil municipal (exécutif) grâce à une liste commune, obtention d’une faible majorité au Conseil de ville (législatif) grâce au POP, aux Vert·e·s et à la JS qui gagnent des sièges et font basculer l’équilibre en faveur de la gauche. Sans compter que le conseil de ville atteint la parité homme-femme grâce à un renforcement de la députation féminine à gauche surtout, mais pas seulement, et d’une plus grande mobilisation des femmes aux urnes.

Cette grande mobilisation des femmes semble de surcroît avoir été doublée d’une mobilisation des afro-descendant·e·s de Bienne qui ont soutenu en particulier les trois femmes Noires de la liste du Parti Socialiste Romand (PSR – francophone). Deux d’entre-elles ont été élues devant les sortant·e·s et la troisième fait un très bon score (deuxième viennent-ensuite). 116 voix de plus pour cette dernière et la députation du PSR (6 sièges) aurait été à 50% afro-descendante. Le score est réjouissant, car il montre deux choses : premièrement que le PS et ces candidates en particulier ont su convaincre une partie de l’électorat Noir et féministe de Bienne (ville suisse où il est le plus important en proportion) ; deuxièmement que cet électorat est en train de se mobiliser politiquement à l’intérieur de la gauche. Cela est également réjouissant et représente une étape nécessaire pour commencer à combler la très forte sous-représentation politique des afro-descendant·e·s en Suisse et pour renforcer leur voix dans le débat (ré)émergeant sur les inégalités raciales et le passé colonial helvétique.

Les changements observés aux élections biennoises ne sont cependant pas que réjouissants. Le PS germanophone perd 2 sièges (de 10 à 8) au profit des Vert·e·s et le PS romand (francophone) ne réussit pas à récupérer le siège de Mohamed Hamdaoui, héraut de la laïcité dure ironiquement passé au PDC suite à une non-élection interne. Les résultats sont d’autant plus ambivalents qu’il faut rajouter la perte de la préfecture de Bienne au profit d’une libérale-radicale (Romi Stebler). Pour la préfecture, il semble même que le vote féministe se soit retourné contre la gauche qui avait proposé un candidat masculin (Bruno Bianchet). Ce dernier n’a réussi à emporter que la ville de Bienne et de Nidau alors que le reste des communes de l’arrondissement de Bienne ont voté en masse pour la libérale-radicale. La campagne à la préfecture et les discussions dans la rue ont montré que plusieurs femmes de gauche, sympathisantes vertes et PS notamment, ont décidé de voter pour la libérale-radicale par conviction féministe. C’est là une double leçon pour la gauche, lui signifiant d’un côté qu’elle continuer à favoriser les candidates femmes de gauche partout où cela est possible lors d’élections, et de l’autre qu’elle doit également affirmer plus clairement qu’élire une femme n’est pas systématiquement une victoire pour le féminisme. La libérale-radicale Romi Stebler avait par exemple affirmé lors d’un débat public ne rien prévoir de particulier pour soutenir l’égalité des genres dans l’équipe de la préfecture si elle venait à être élue, le genre ne jouant selon elle aucun rôle, seules les compétences comptant. Le féminisme est parfois à double tranchant lorsque c’est la droite qui l’instrumentalise.

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