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Contre l’austérité du repentir : pour un Green New Deal municipal !

Les mouvements de la jeunesse le clament : notre défi est celui du changement climatique. Si nous ne réduisons pas rapidement et massivement les émissions de gaz à effet de serre la possibilité d’une existence viable sur terre est en péril – et ce sont d’abord les plus pauvres qui sont les plus touchés.

La possibilité d’une politique socialiste internationaliste dépend désormais de la résolution que nous apporterons au défi climatique : et ce n’est pas l’affaire des générations futures, mais bien la nôtre car le changement climatique est déjà là – c’est sur son ampleur que nous pouvons agir, plus sur son existence.

Mais à l’écart entre la richesse de la tâche annoncée (sauver le monde) et la misère des solutions avancées (renoncer aux courses d’écoles en avion) on mesure le « schisme de réalité » qui caractérise le problème climatique. Le risque de ce schisme est de produire de la désorientation politique. Et celle-ci est désormais patente en Europe.

Gramsci – le marxiste, révolutionnaire théorique et pratique ! – est souvent convoqué à tort – je ne vois donc aucune raison de me priver de le citer aussi : « Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Le monstre qui nous saisit est celui du repentir austère. Comme si Philippulus était arrivé à ses fins, les nouveaux prophètes de l’apocalypse annoncent l’effondrement imminent et son corollaire : la stigmatisation du « consommateur ». « Nous » avons trop consommé, nous mangeons chaque années 6 ou 7 planètes, « notre » mode de vie est invivable, etc. etc.  Le « consommer moins pour vivre mieux »,  et la retape « locale » sont érigés en nouvelles lignes directrices au détriment de la lutte des classes et de la redistribution.

Pourtant, même en se plaçant sur le seul plan stratégique on comprend aisément qu’à opposer fin du monde et fin du mois on ne dégagera jamais aucune majorité [M. Macron en fait la jaune expérience depuis quelques mois – ceci dit voilà au moins une décroissance souhaitable, celle du fat Macron !]. Et qu’à trop uniformiser les responsabilités ( « l’être humain » est « avide », …) on se prive de comprendre les causes de la crise qui étouffe notre temps.

A contrario du repentir austère, l’histoire du socialisme démocratique et des politiques progressistes peut se réclamer de deux moments riches – dont nous devrions nous inspirer.

Premièrement, le « socialisme municipal » par lequel des villes, à majorité de gauche, mettent à disposition de leurs habitant-e-s ce que l’Etat aux mains de la droite leur refuse : eau potable, instruction publique, électricité, transports publics etc. On produit plus et mieux, pour le bénéfice du plus grand nombre et sans production de plus-value pour quelques actionnaires. Nous ne devons pas revendiquer moins – mais plus : l’électricité et la démocratie !

Deuxièmement, dans un contexte de radicalisation ouvrière forte et de crise économique lancinante, le président Franklin Roosevelt propose des politiques ambitieuses de travaux publics de redistribution économique et de projets culturels : le New Deal. En voulant sauver le capitalisme de lui-même les politiques du New Deal (et leur théorisation par le libéral britannique John Maynard Keynes) l’ont profondément transformé. L’intervention financière de l’Etat, couplé à la radicalité ouvrière ont produit quelques-unes des grandioses réalisations du XXème siècle – comme l’électrification de la majeure partie des Etats-Unis !

Un Green New Deal – un New Deal appliqué au défi climatique peut constituer un point de ralliement majeur pour les forces progressistes- Et l’excellente stratège politique et députée américaine Alexandria Ocasio-Cortez l’a bien senti, qui en fait son thème de campagne principal. Un ample investissement public, dans les transports, dans le logement, dans la production d’électricité et d’eau peut amener à la fois des bénéfices sociaux (des logements moins chers, des transports publics plutôt que des embouteillages,  des services de première nécessité de meilleurs qualités…) ET réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Il ne s’agit pas d’un objectif hors d’atteinte – sa seule limite est celle du rapport de force économique et du manque d’imagination politique, rouillée par 30 ans de néolibéralisme. Les estimations de l’économiste de gauche américain Robert Pollin, montrent que 1,5-2% de PIB mondial /an devraient être investis pendant 20 ans pour atteindre une décarbonisation complète de l’économie mondial. Nous sommes bien en-deca des dépenses qui ont été consenties pour faire la guerre par exemple!

Mais si les Etats ne ressentent pas encore les forces sociales exigeant la mise en œuvre d’un Green New Deal, ou d’un programme de transition écologique, les municipalités – elles – peuvent le faire sans attendre.

C’est le sens d’un Green New Deal municipal : oser lancer des programmes d’investissement importants qui amènent des transformations majeures dans la ville : priorisation des transports publics et mobilités actives (vélos, piétons) ; construction de logement public ; chauffage et climatisation à distance (nettement plus efficaces énergétiquement) ; production publique d’énergie renouvelables (solaire en particulier) ; recréation d’espaces publics et vivants avec une forte dimension aquatique, arborée ou végétale pour lutter contre les hautes températures ; maisons de quartier qui sont aussi des lieux de formation, d’échange, d’éducation populaire ; renforcement des réseaux associatifs et syndicaux, des solidarités communautaires et des services publics locaux ; de nouvelles infrastructures publiques: des bibliothèques élargies, des terrains communaux mis en communs pour produire, des ateliers de quartiers pour mettre à disposition les outils et instruments du quotidien…

Plutôt que de se préparer à l’effondrement écologique, nous pouvons produire collectivement le futur que nous avons toujours voulu – celui où la force de la société se mesure effectivement à la force du plus faible de ses membres.

Romain Felli

Version longue de l’article paru dans Pdg no 172

Les sections PS de plusieurs villes du Canton de Vaud (Lausanne, Yverdon, Morges, Montreux…) ont déposé dans leurs conseils communaux (législatifs) respectifs une série d’interventions demandant la mise en œuvre concrète de solutions compatibles avec un Green New Deal municipal – autrement dit des investissements publics importants devant amener à la fois un bénéfice social et un bénéfice climatique. Suivant les villes, le PS a demandé l’électrification des lignes de bus, le développement de la climatisation à distance, la réduction de la place de la voiture en ville, etc.

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