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Après la pandémie, retour à la politique

La rédaction •

Elle était communicative, la joie des forces de gauche ce dimanche. Et il y avait de quoi se réjouir en effet, car ce n’est pas tous les jours que la gauche parvient à l’emporter en faisant face sur presque tous les sujets à une droite en ordre de bataille et qui disposait, comme toujours, de moyens plus ou moins illimités pour enfumer les votant·e·s. Ceux-ci n’ont servi à rien dans le cas des déductions fiscales pour les familles les plus riches, et ont été bien près de subir le même sort sur les avions de combat. Si l’on ajoute de nombreux scrutins cantonaux aux résultats tout à fait réjouissants, en premier lieu l’acceptation des deux initiatives de la gauche à Genève (sur le salaire minimum et contre les baisses fiscales), ce 27 septembre a des airs de victoire !

En plus de l’indispensable analyse fine des votes, qui devra être faite en temps voulu, deux choses nous paraissent particulièrement frappantes dans ce scrutin.

Les effets politiques de la pandémie

On ne peut penser qu’un confinement de toute la population pendant des semaines, avec toutes les conséquences qu’il a eues et que nous avons pu voir semaine après semaine, n’aurait aucun effet sur les priorités politiques des citoyen·ne·s. C’était, ce dimanche, le premier scrutin depuis la pandémie, et donc le premier test en ce sens. Le moins que l’on puisse dire est qu’il n’a pas été décevant.

Il a d’une part mobilisé un nombre tout à fait inhabituel de personnes. Une participation frôlant les 60%, ça n’arrive que très rarement, et c’est d’autant plus exceptionnel si l’on considère qu’il n’y a pas eu de grands rassemblements en vue du scrutin, ni l’habituelle avalanche de débats publics et d’événements de campagne, pour cause d’épidémie rampante. Hasardons une explication à cet égard : après avoir été dépossédé de toute décision politique durant des mois, le corps civique s’est emparé de cette première occasion de retrouver son pouvoir, et l’a fait de la plus belle des manières.

On ne soulignera jamais assez qu’une participation élevée – en plus d’être une expression plus exacte des différentes catégories sociales de la population – conduit presque toujours à des résultats plus favorables à la gauche. Cela s’explique sans peine puisque l’abstention est structurellement plus élevée parmi les personnes à faibles revenus ou dans des situations sociales difficiles, et que ce sont précisément ces groupes qui sont frappés le plus durement par les politiques menées par la droite. La casse des services publics, les politiques austéritaires et sécuritaires, les cadeaux faits aux plus riches ou aux grandes entreprises, c’est-à-dire le programme de la droite, tout cela dégrade les conditions de vie des plus démuni·e·s. Les politiques mises en place par la gauche ont l’effet exactement inverse. Ce n’est pas chercher à polémiquer que de présenter les choses ainsi. C’est la logique politique tout à fait classique suivie par les forces politiques : la droite défend et protège les riches et les puissant·e·s, et la gauche tente d’améliorer les conditions de vie des autres.

Le double problème que nous rencontrons, c’est que d’une part un certain nombre de personnes veulent faire partie de la première catégorie et pensent pouvoir y parvenir un jour (à tort la plupart du temps, puisque la richesse ne vaut que pour autant qu’elle ne soit pas partagée, et donc qu’elle soit rare), anticipant cette issue fantasmée en votant contre leurs intérêts immédiats, et que, d’autre part, comme nous venons de le dire, un nombre beaucoup trop important de personnes à revenu modeste ne vont simplement pas voter. Agir sur la première raison demande un travail de fond, qu’il faut bien sûr effectuer ; amener aux urnes des gens qui n’y vont pas paraît plus simple. L’objectif principal de toute campagne politique de gauche doit donc être d’augmenter la participation, dans tous les cas, et nous devons nous en donner les moyens.

La faillite des instituts de sondages

La mauvaise qualité des sondages en Suisse est proverbiale, et ne pose problème qu’à partir du moment où on les prend au sérieux. Les projections totalement fantaisistes délivrées encore peu de temps avant les votes de dimanche passé les délégitiment encore davantage, si la chose était encore possible.

Le problème, c’est que les 8000 voix qui ont manqué contre les avions de combat auraient sans doute pu être gagnées si les forces de gauche n’avaient pas plus ou moins enregistré par avance une défaite – certes honorable – sur cet objet. La campagne ne s’est pas interrompue, bien sûr, mais la bataille qui semblait la plus décisive était celle sur les déductions fiscales, où le résultat était annoncé très serré. Les sondages sont parfois davantage des prophéties auto-réalisatrices qu’une mesure sérieuse des opinions.

La meilleure solution serait d’interdire purement et simplement l’activité sondagière. Ces instituts sont de véritables poisons pour la démocratie et doivent être tenus autant que possible à l’écart des affaires politiques. En attendant, nous pourrions peut-être suggérer aux médias et aux politiques de cesser de leur donner cette bruyante publicité qu’ils ne méritent de toute évidence pas.

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