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L’adoption du système de surveillance GPS des « fraudeurs », Rebecca Ruiz est-elle encore socialiste ?

À l’heure où le Canton de Vaud fait des cadeaux fiscaux à des entreprises multimilliardaires, que les assurances maladies se font du profit sur le dos des citoyen·ne·s, le Conseil d’État ne trouve rien de mieux à faire que de s’attaquer aux bénéficiaires de prestations sociales. L’adoption du système de surveillance GPS qui est censé « rétablir la confiance dans la répartition juste et équitable des aides sociales », est liberticide, stigmatisante, contreproductive et complètement inutile. Ces fraudes présumées ne concerneraient que 2.7% de la population (soit11 millions sur 400 alloués). Ce type de dispositions ne fait que criminaliser encore plus la pauvreté.

En réalité, la demande d’aides sociales est une procédure extrêmement pénible qui demande de la part du requérant ou de la requérante un grand nombre de démarches ainsi qu’une résistance aux l’humiliations fréquentes qu’elles engendrent. À tel point qu’un grand nombre de personnes nécessitant l’aide sociale ne savent pas qu’ils ou elles y ont droit, alors que d’autres ne veulent tout simplement pas passer par un processus de demande profondément déshumanisant. Ainsi, en 2018, seulement 4,2 % de la population totale dans le canton de Vaud touche des prestations d’aide sociale. Cela s’explique moins par l’état d’inégalité de revenu de la population que par le fait que la procédure est fondamentalement humiliante. En effet, il s’agit d’un exercice d’équilibrisme entre apporter la démonstration que l’on est pauvre tout en montrant que l’on fait tout ce qui le faut pour ne pas l’être excessivement. Faut être désespéré·e mais toujours avec dignité, bien habillé·e mais pas laisser entendre que l’on a les moyens de s’acheter des trop beaux habits, parler correctement tout en s’efforçant de ne pas avoir l’air trop bourgeois. Le compte courant doit être presque vide, tout en étant assez rempli pour pouvoir survivre en attendant l’aide, mais pas trop quand-même, il ne faudrait surtout pas avoir l’argent suffisant pour aller au cinéma. Étant donné que les gestionnaires de dossiers vont analyser toutes les dépenses du ou de la requérante en questionnant potentiellement tout achat. Bref, comme peut en témoigner toute personne ayant fait une demande pour obtenir des aides financières, la procédure reste à ce jour humiliante.

C’est pourquoi le problème le plus urgent dont devrait s’emparer les autorités politiques est celui de la facilitation de l’accès aux aides sociales, leur augmentation et plus largement l’état de déplorable pauvreté d’une frange invisible de la population suisse. Pauvreté qui est encore moins acceptable lorsque l’on prend la mesure de la richesse du pays.

Au contraire, adopter un système d’espionnage invasif et liberticide comme le GPS légitime la croyance de l’importance de  la fraude. Sa définition est tout à fait discutable dans la mesure où elle inclut notamment les activités économiques minimales visant uniquement à augmenter la dignité de la personne les exerçant. Il s’agit le plus souvent d’une activité ponctuelle n’ayant aucun impact à long terme sur les revenus de la personne. Puis reste à savoir comment des personnes non solvables sont censées rembourser des éventuelles amendes si la « fraude » était avérée. Il est évident que celle-ci a pour unique conséquence de les rendre davantage précaires et de les marginaliser. Sur le long terme, cela nourrira surtout en exemples les argumentaires de la droite qui vise à réduire ces prestations, au détriment de toute cette partie de la population qui en a le plus besoin. Contrairement à ce qu’affirme Rebecca Ruiz, le dispositif GPS ne permettra pas de « rétablir la confiance dans le système public ». Il est honteux qu’une socialiste au sein d’un Conseil d‘Etat à majorité de gauche soutienne une telle initiative. Le manque de surveillance et l’abus du système public sont des vieilles idées de droite digne de l’UDC.

La rédaction

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