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Ukraine: pour leur liberté et la nôtre

En fait, ce qui s’est passé depuis novembre de l’année dernière en Ukraine est simple. Une grande puissance régionale, la Russie, gouvernée de façon autoritaire et mafieuse par un haut cadre de la police politique de l’Union soviétique, Poutine, ne supporte pas qu’un mouvement de masse populaire dans un pays voisin, l’Ukraine, chasse Ianoukovitch, chef d’un gouvernement également autoritaire et mafieux, et le remplace par un gouvernement provisoire qui échappe à son contrôle.

Il décide donc de se servir de sa supériorité militaire écrasante (c’est le cas de le dire) pour déstabiliser le nouveau pouvoir populaire en Ukraine en occupant, pour commencer, sa province la plus vulnérable, la Crimée, où la Russie dispose de bases militaires en vertu d’un accord déjà ancien avec l’Ukraine. L’opèration, rondement menée, qui ne rencontre aucune résistance militaire, aboutit en deux semaines, puis est entérinée par un référendum: une farce, boycottée par près de la moitié de la population (surtout Ukrainiens et Tatares), et qui donne une majorité soviétique: 97% pour le rattachement à la Russie, rattachement qui est accepté, sans surprise, par le Parlement russe aux ordres de Poutine, par 445 voix contre une, celle de Ilya Ponomarev, un héros de notre temps.

En attendant, il y a de nouvelles concentrations militaires de l’armée russe aux frontières est de l’Ukraine, et voilà que la Transnistrie, mini-Etat aux frontières de la Moldavie, reconnu par personne, occupé par la 14ème armée russe, demande à son tour le rattachement à la Russie.

Quelle doit être une position socialiste face à ces événements? Evidemment de défendre le droit du peuple ukrainien de décider de son propre destin et de défendre l’indépendence de l’Ukraine dans son intégrité territoriale. Mais pour le faire, nous sommes obligés tout d’abord de faire le ménage face à l’intox KGBiste.

(1) Poutine prétend qu’il doit « protégér les Russes en Ukraine contre les fascistes » du mouvement populaire. En fait, il n’y a jamais eu aucune menace contre les Russes en Ukraine, une loi qui devait abolir le russe comme deuxième langue officielle a été aussitôt invalidée par le président du nouveau pouvoir populaire et, quant aux fascistes, il y en a surtout du côté de Poutine, en Russie mais aussi dans toute l’Europe. L’extrême-droite européenne, chez nous Freysinger entre autres, ont pris parti pour Poutine, pas pour les fascistes ukrainiens, il faut leur faire confiance pour reconnaître où se trouvent les vrais fascistes.

(2) Le mouvement populaire du Maidan de Kiev était un mouvement de masse qui, au départ, protestait contre la décision de Ianoukovitch d’opter pour le projet d' »Eurasie » de Poutine plutôt que pour l’Union européenne, mais qui s’est rapidement transformé en un mouvement contre le régime. Il était politiquement multiforme, les fascistes en faisaient partie mais ils n’étaient ni seuls ni dominants, il y avait aussi les anarcho-syndicalistes, les socialistes, les syndicats indépendants, les juifs (organisés en une unité militaire) et surtout une masse de sans-partis. En bref, un mouvement démocratique, populaire et nationaliste. Voilà la source de la légitimité du nouveau pouvoir.

(3) Mais n’y avait-il pas une conspiration des Etats-Unis et de l’Union européenne?  C’est sans doute l’argument le plus ridicule quand on a vu le désarroi des uns et des autres face à la crise ukrainienne. Comme conspiration on peut mieux faire. Ceux qui y croient sont ceux qui croient à l’interprétation policière de l’histoire, selon laquelle les grands bouleversements de l’histoire et les révolutions ne sont jamais le fait des peuples mais de manipulations d’appareils. Dans le cas de l’Ukraine, il s’agit d’une mouvement de plusieurs centaines de milliers de personnes pendant plus de quatre mois, il y a aucune officine politique au monde capable de susciter et de maintenir un tel mouvement.

(4) Il y a ensuite les compreneurs de Poutine, qui pense que la chute de l’Union soviétique était la pire catastrophe du 20ème siècle. La Russie humiliée, perdante de la guerre froide. Mais pensent-t-ils seulement à ce que l’Union soviétique a signifié pour les peuples sous sa domination? La famine organisée en Ukraine par Staline en 1932-33, pour exterminer la paysannerie indépendante, qui a fait 4 millions de morts? Et comment ça se fait que aujourd’hui il y a 25% de Russes en Estonie et 26% en Lettonie, que Poutine s’avisera peut-être de défendre demain contre des « fascistes » baltes? D’où viennent-ils? La décompoition de l’URSS était la dernière décolonisation du monde, et ce qui doit nous faire problème, ce n’est pas l’humiliation du colonisateur mais l’humiliation des colonisés.

(5) Finalement il y a les experts en histoire, qui pensent que l’empire russe a commencé à Kiev dans le haut Moyen-Âge, qu’ainsi l’Ukraine et la Russie ne forment qu’un seul peuple et, de ce fait, la Russie de Poutine peut prétendre à des droits sur l’Ukraine. Ce sont en partie les mêmes qui trouvent aberrant que des Juifs fassent valoir des droits sur la Palestine parce qu’ils y habitaient il y a deux mille ans.

Le 18 mars des milliers de Russes (les estimations varient entre 50,000 et 80,000) manifestaient à Moscou contre l’annexion de la Crimée. Leurs banderoles: « Pour notre liberté et la vôtre », « Pour une Ukraine et Russie sans Poutine », « Ukraine, excuses-nous », « La Russie c’est nous, pas Poutine ». Comme les sept manifestants sur la Place Rouge à Moscou qui manifestaient en août 1968 contre l’intervention militaire en Tchécoslovaquie, ceux-là manifestaient pour l’honneur de la Russie démocratique, sauf que cette fois ils n’étaient pas sept mais plusieurs dizaines de milliers.

Les syndicats indépendants (non poutinisés) de Russie ont exprimé leur solidarité avec les syndicats libres d’Ukraine et leur opposition à l’aggression militaire de Poutine. Le 10 mars, le Conseil paneuropéen de la Confédération syndicale internationale (*) déclarait à son tour la solidarité de l’ensemble de ses affiliés européens avec les travailleurs et syndicats ukrainiens, non sans un avertissement sur de nouveaux dangers qui s’annoncent: « Les syndicats européens insistent vivement sur le fait que recourir à une approche fondée sur une politique d’austérité telle que celle pratiquée par la « troika » FMI-UE-BCE serait une grave erreur exposant l’Ukraine à un risque accru de récession, de déstabilisation et de désespoir social qui aurait des conséquences dans toute la région, tant à l’ouest qu’à l’est. »

(*) http://www.ituc.csi.org/IMG/pdf/20140310_statement_ukraine_fr.pdf

 

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