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Pour Charlie Hebdo

« C’est aux “disparus” et à ceux qui, sûrs de leur cause, attendent sans frayeur la mort, à tous ceux qui ont connu les bourreaux et ne les ont pas craints, à tous ceux qui, face à la haine et la torture, répondent par la certitude de la paix prochaine et de l’amitié entre nos deux peuples qu’il faut que l’on pense en lisant mon récit, car il pourrait être celui de chacun d’eux. »

Ces phrases, Henri Alleg les a écrites en 1957, après avoir subi la torture dans la prison d’El-Biar, à Alger. Henri Alleg était journaliste, directeur d’Alger républicain, un journal interdit en 1955. Torturé pendant des semaines par les parachutistes de l’armée française, il a subi dans sa chair les conséquences de son travail, et il ne dut qu’aux circonstances de ne pas y perdre la vie. Puissent ces phrases résonner aujourd’hui dans une France meurtrie, pour rappeler qu’au milieu d’une autre barbarie l’on s’est battu pour l’amitié entre les peuples, et que l’on a refusé de confondre les tortionnaires avec tout un peuple.

Après l’épouvantable tuerie commise dans les locaux de la rédaction de Charlie Hebdo, tous les journaux de la planète portent le deuil, et avec eux toutes celles et tous ceux pour qui la Liberté est la plus sacrée des causes. Ce sont des journalistes qui ont été tués ce 7 janvier, et même si les journalistes paient chaque année un lourd tribut pour que leur métier continue d’exister partout, on ne se résout jamais à l’annonce d’une mort supplémentaire. Lorsque la perte prend cette ampleur, le drame devient une tragédie.

Quand on leur conseillait de faire preuve de retenue, d’éviter les provocations, de se montrer « responsables », les journalistes de Charlie Hebdo ont rappelé qu’il n’y a pas de presse libre sans obstination, et pas de Liberté sans courage. Le journal se mettait alors dans les traces des grand·e·s résistant·e·s de l’histoire de la presse, et il s’est parfois trouvé bien seul dans ce combat.

Nous sommes tou·te·s très affecté·e·s par ces morts, par le vide qu’elles vont laisser dans la presse française, par le silence qu’elles ont imposé à des voix si libres, si talentueuses, si gaies. Et nous savons que le seul hommage qui puisse leur être rendu est de poursuivre leur travail, avec nos moyens et sans faiblir, parce que nous partagions la plupart de leurs combats et de leurs idéaux. Là où nous sommes, avec nos moyens, nous essaierons au moins d’être dignes de l’héritage qu’ils nous laissent.

La rédaction de Pages de gauche

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