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Les Zimmermann de Ste Croix

Nous sommes sensibles, depuis longtemps, à toutes les luttes ouvrières qui ont permis un peu plus de respect et de considération à l’égard de tous ceux qui « triment » dans les derniers échelons de l’échelle sociale. L’AEHMO accomplit un travail important depuis longtemps pour rendre un hommage bien mérité à ceux qui ont lutté par des grèves et des actions politiques ou syndicales au cours de ces 150 dernières années. Ainsi sont rappelés les discours, les succès et les échecs de tant et de tant d’hommes et de femmes que les livres d’histoire ignorent, mais qui ont fait bien plus que ceux dont les noms sont enseignés dans les écoles, pour que la vie, au moins dans les pays dits civilisés, soit un peu plus supportable qu’elle ne le fut pour des millions de personnes à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Le libéralisme triomphant nous rejette en arrière. Les exclus se multiplient. Les inégalités et  les maladies qu’on avait cru enfin vaincues se développent à nouveau. Cette lutte « des classes » ne sera donc jamais terminée…

Ces remarques formulées, je voudrais attirer votre attention sur le travail magnifique de madame Madeleine Knecht-Zimmermann. Elle vient de publier, aux éditions de l’Aire, trois livres qui racontent l’histoire de sa famille. Elle nous a dit, lors de l’assemblée de la société d’histoire et d’archéologie du Canton de Vaud de 2015 : « J’ai tout à coup pris conscience que l’histoire que l’on m’avait apprise à l’école et à l’université ne correspondait en rien à l’histoire de ma famille. Alors j’ai commencé à courir les archives communales, cantonales et des paroisses pour vérifier l’exactitude de ce que l’on disait  de mon arrière grand-père, cordonnier à Ste Croix et de ses quatorze enfants ».

Si ces trois bouquins sont des romans, ils comportent une part importante de vérité historique. Ils nous permettent de vivre, au tournant des 19ème et 20ème siècle, la vie des gens simples de chez nous, courageux, travailleurs et d’une honnêteté scrupuleuse. De prendre conscience aussi des misères qu’ils endurent. Mieux que les travaux rappelés au début de ces lignes, ils nous permettent de vivre la vie de ce prolétariat exploité, non organisé, souvent au chômage et affrontant la faim, la peur, les déracinements et l’angoisse du lendemain. Ils nous rappellent, pour les veuves, la menace de l’enlèvement de leurs enfants pour les confier à des familles paysannes à 90% esclavagistes.

Ajouter aux rappels utiles des luttes ouvrières, des affrontements historiques et des statistiques, « un plongeon » dans la vie dure de ces familles en lutte pour leur subsistance, voilà une lecture que je conseille à tous mes camardes socialistes et à tous mes collègues syndiqués. Ces trois livres ne sont pas totalement neutres. Dès le début, l’ancêtre de la famille, le cordonnier Philippe Zimmermann est un militant du Grütli. Au cours de l’histoire de ces trois générations de Zimmermann qui se battent contre le malheur à Ste Croix, Lausanne, Lyss et Berne ou qui s’exilent à St Petersburg, à Londres, à Winnipeg, il y a aussi des descriptions de la vie des riches et, à quelques rares exceptions près, au fait qu’ils n’ont aucune considération pour les ouvriers qu’ils emploient, qu’ils rejettent et qu’ils payent à leur guise.

Cette lecture ma rappelé l’époque où je lisais Zola. Mais l’essentiel se passe chez nous, il n’y a pas si longtemps.                                                                  Pierre Aguet   

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