Pourquoi Pages de gauche ?

Lors de sa création en 2001, quatre personnalités socialistes expliquent les raisons d’une publication comme Pages de gauche.


Franco Cavalli

Après la chute du mur de Berlin et le triomphe du néo-libéralisme, la gauche a été pendant longtemps comme tétanisée. Le discours et le débat intellectuel et théorique ont longtemps disparu. Au mieux, on essayait de se défendre comme on pouvait. En ont profité ceux qui, se donnant l’image de modernité, ont réussi à propager la soi-disant  » troisième voie « , dont aujourd’hui tout le monde mesure l’énorme faiblesse. Enfin le vent vient de changer. Au niveau mondial cela se manifeste par le  » mouvement des mouvements  » de Seattle à Porto Alegre. Contrairement à 1995, cette fois aussi la majorité des nouveaux votants en France a voté à gauche. En Suisse, même la droite la plus dure met dans les tiroirs les projets de privatisation. Il est donc grand temps de passer à l’offensive. Cela d’autant plus que la ligne politique du PSS reste encore un peu floue et que donc le débat théorique et intellectuel devient urgent. PAGES DE GAUCHE représente un petit pas dans ce chemin, que nous devons à nouveau emprunter pour rebâtir une gauche d’attaque, une gauche de gauche.

Valérie Garbani

Nous sommes toutes et tous sous le choc de l’échec à la présidentielle française du candidat du Parti socialiste. Au premier jour de la campagne, Lionel Jospin a déclaré, en fonction d’une stratégie électoraliste qu’il croyait gagnante, qu’il n’était pas socialiste. Finalement, et enfin, à l’approche du jour de l’élection, il a réaffirmé ses convictions, sincères, à gauche et à gauche seulement.

Le verdict du 21 avril 2002 en France appelle à mon sens un plaidoyer au soutien de PAGES DEGAUCHE. La gauche et la droite, ce n’est pas la même chose. Pourtant, dans le paysage médiatique suisse, les grands groupes de presse veulent que ce soit la même chose. Ils poussent le parti socialiste au centre en stigmatisant, voire en ridiculisant, la grande majorité des socialistes qui se veulent encore, et toujours, de gauche. En France, le coq est mort. Les valeurs démocratiques ont été ébranlées. Or, la démocratie c’est aussi, en particulier dans la société de l’information actuelle, la diversité de la presse ou, plus idéalement, une presse qui relaie équitablement et déontologiquement toutes les sensibilités, même celles non partagées par les rédactions.

Le mensuel PAGES DE GAUCHE répond à cette carence, soit à mon sens à un besoin. Je l’espère vecteur des opinions socialistes, peu et/ou mal relayées par la presse professionnelle à gros tirage. Je le veux une publication qui séduise les membres du Parti socialiste, frustrés de débats d’idées. Je le souhaite complémentaire aux autres publications de gauche. Je le crois une façon de se réapproprier un message offensif à l’attention de celles et ceux qui sont convaincus que la gauche et la droite ce n’est pas la même chose et qui attendent du Parti socialiste qu’il marque la différence, seule à même de démontrer que la gauche, plurielle mais unie, est la seule force crédible d’opposition à la droite dure et à la droite néolibérale.

Pierre-Yves Maillard

Le FMI se plaignait du retard de la libéralisation en Suisse. Docile, Moritz Leuenberger agit: l’électricité, le last mile du téléphone, la poste en voient de toutes les couleurs. Sur les retraites, les injonctions pleuvent: nous vivons trop longtemps et les femmes ne veulent décidément plus fournir leur lot de travailleurs flexibles. L’allongement de la vie et la maîtrise des naissances, c’est l’histoire du progrès social. Et la croissance s’est nourrie de cette redistribution des richesses, d’une formation démocratisée, d’investissements publics. Mais les néolibéraux sont aussi nuls en histoire qu’en économie. Leur ignorance, leur arrogance bénéficient simplement des caisses de résonance les plus puissantes et les plus unanimes.

Il fallait une autre petite musique. PAGES DE GAUCHE se propose de la jouer. Pour rappeler qu’il existe entre le sectarisme trotskiste et l’imposture blairiste le vaste champ du socialisme démocratique. Pour faire la nique au FMI. Et pour emmerder le Wall street journal qui salue en ces termes la défaite de Jospin: « dans une économe globale, on ne peut avoir ne serait-ce qu’un petit peu de socialisme. La vieille gauche est morte et enterrée. » Nous ne sommes pas morts et nous ne mourrons pas. Nous parlerons, nous convaincrons, dans ces pages de gauche, modestes et inestimables plages de liberté et de progrès à conquérir.

Stéphane Rossini:

Avec le lancement de PAGES DE GAUCHE, l’heure n’est pas à la production d’un moyen supplémentaire d’information, mais à l’élaboration d’un véritable support à la pensée et l’action socialistes romande. Entre presse quotidienne ou hebdomadaire et publications politiques régionales, un espace manque : celui de l’expression des valeurs de gauche en regard du débat politique national et international. Le débat se voudra donc engagé, complétant ainsi l’analyse politique et transposant des principes fondamentaux dans une dynamique constructive.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*