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Green jobs étasuniens contre emplois verts européens?


Par Julien Wicki

Dans le sillage des «habitations vertes», on parle maintenant d’«emplois verts». Mais qu’entend-on exactement par là? Petite comparaison entre les définitions suisse et étasunienne.

Le récent dossier que l’hebdomadaire L’Illustré (01.04.2009) a consacré aux «emplois verts» en Suisse permet de saisir quel sens ces emplois ont sous nos latitudes. Ce dossier ambitionnait, «en 22 fiches exhaustives», de partir à la découverte «des métiers liés à l’environnement en Suisse» (p. 41). Pour quels résultats? Essentiellement des postes d’ingénieurs ou de techniciens. Agrémentez-les d’une touche «nature» – les gardes-chasse et autres gardes-pêche pour lesquels le journal avoue que «les places à repourvoir sont rares» (p. 45) – et vous avez un bon aperçu des emplois verts à la sauce helvétique. Bref, ces emplois semblent réservés à une élite socio-économique de haut niveau de formation. Cette définition limitative est loin de correspondre à la version étasunienne des green jobs pour lesquels associations écologistes et syndicats se battent depuis de nombreuses années.

Les camionneurs et les tortues

En 1999 à Seattle, la mobilisation contre la réunion de l’Organisation Mondiale du Commerce bat son plein et des milliers de syndicalistes étasuniens – dockers, sidérurgistes, etc. – défilent aux côtés de militants écologistes au cri de «Teamsters and turtles, together at last!» [Camionneurs et tortues, enfin réunis!]. De part et d’autre, on comprend – enfin! – que les camionneurs et les défenseurs des tortues se battent contre le même ennemi: le capitalisme qui asservit les travailleurs autant qu’il détruit l’environnement. Mais l’éphémère alliance de Seattle prend du temps pour se concrétiser, puis finalement bat de l’aile après les attentats du 11 septembre. Ceux-ci divisent – au début tout au moins – une société civile qui vit sous la chape de la «guerre contre le terrorisme»; les grands syndicats, par exemple, approuvent massivement l’intervention en Afghanistan.

La Blue Green Alliance

Le rapprochement entamé à Seattle se concrétise tout de même avec la création en 2006 de la Blue Green Alliance (BGA), expérience unique de rapprochement entre les cols bleus et les militants verts. En sont membres des syndicats de nombreux secteurs: la métallurgie, la construction ainsi que la communication et les services. A leurs côtés, on trouve plusieurs organisations écologistes comme le Sierra Club, la plus ancienne et plus étendue association écologiste étasunienne. Ce large front permet à la BGA de peser six millions de membres. Elle poursuit quatre objectifs qui mélangent étroitement revendications syndicales et écologistes: l’adoption de politiques environnementales qui permettent de réduire le réchauffement climatique et de créer des emplois; l’amélioration des droits syndicaux sur les lieux de travail; un commerce qui respecte les droits humains et l’environnement; enfin, des règles plus strictes pour encadrer les compagnies utilisant des produits chimiques dangereux pour ses travailleurs ou les communautés avoisinantes.

Populariser le développement durable?

Pourquoi de telles alliances ont-elles émergé aux Etats-Unis plutôt qu’ailleurs? Peut-être pouvons-nous, pour ce sujet au moins, remercier Georges W. Bush Jr… Ce dernier a tellement méprisé toute forme de politique environnementale qu’il a obligé, devant l’urgence de la situation, la société civile à se saisir du problème. Pendant de nombreuses années, la lutte contre le réchauffement climatique a donc été un combat mené par le bas et non pas une série de politiques gouvernementales plus ou moins déterminées comme ce fut le cas en Europe. Les Etats-Unis y ont gagné une forme de développement durable popularisée – leur approche des green jobs le montre bien. La Suisse, elle, doit prendre garde à ne pas faire apparaître un développement durable réservé à une élite: des habitations écolos pour autant que l’on puisse se les payer, des emplois écolos pour autant que l’on ait une formation supérieure. Et à cet égard, une approche syndicale des problèmes environnementaux s’avère capitale.

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