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Grèce : La résistance de Syriza durement éprouvée

En lien avec les récents développements autour de la Grèce et de l’UE (article paru dans PdG N° 145) 

Après quatre mois au pouvoir, quel bilan pouvons-nous dresser de l’action du nouveau gouvernement dirigé par Syriza? En guise de bilan, nous avons surtout la vision que la presse européenne en donne. Un bilan qui obéit toujours à la même trame narrative; une histoire qui rassure à peu près tout le monde (en tout cas ceux qui croient encore en la rationalité de l’économie). Nous en étions au moment où la Grèce, après avoir passé par la case de la déchéance socio-économique et morale de l’accumulation d’une dette impossible à rembourser, se trouvait justement sur le point de s’en remettre grâce à une thérapie de choc libérale. À qui voulait bien le croire, la Grèce était en train de renouer avec la croissance. Mais c’était sans compter l’intervention de Syriza qui aurait subitement interrompu ce nouveau cercle vertueux.

Cette idée d’une amélioration de la situation grecque était pourtant une pure construction à résister aux pressions et exigences de l’Eurogroupe. L’économie grecque, entretemps, sans lien avec la situation du pays; seule les privatisations allaient bon train et alimentaient le budget de quelques millions sans proportion avec le poids de la dette. Syriza n’a rien interrompu si ce n’est la vague des fonds d’investissements qui privatisent tout en Grèce. Tout y passe: le port du Pirée, l’eau, des concessions minières, et même ce qui rapportait le plus à l’État, comme les loteries et les courses, privatisées à des prix étonnamment bas. Et là aussi la situation s’avère une fois de plus tragique. Syriza n’a pas réussi longtemps à enrayer ce processus; les privatisations, après un temps d’arrêt, reprennent, la machine est lancée, l’Eurogroupe en a fait la condition non négociable du versement des liquidités pour rembourser les dettes.

Implacable Eurogroupe

Après quatre mois, ce que l’on observe, c’est surtout l’impuissance de Syriza, non pas à proposer des alternatives, mais continue de plonger, prise dans la même logique depuis 2008. L’État est allé chercher des liquidités dans toutes les chancelleries pour ne pas faire défaut et gagner du temps, mais à quoi bon? La Grèce n’aura pas les moyens de résister à son bras de fer avec l’Eurogroupe. La métaphore usée de David contre Goliath aura donné raison au géant.

Les conséquences pour la cohésion du jeune et fragile parti de Tsipras sont désastreuses. L’entente parlementaire se fissure et les tensions internes sont vives; les tenants d’une sortie de l’Euro sont de plus en plus nombreux et contestent le leadership du gouvernement. Et la situation politique en Grèce redevient opaque, comme au temps des partis traditionnels; Syriza abandonne les unes après les autres ses promesses de campagnes et se discrédite de plus en plus aux yeux d’un électorat qui avait fait, avec ce parti, un vote de protestation. L’électorat est donc sans réelle loyauté, surtout si Syriza n’arrive pas à faire passer une alternative à la hauteur.

Syriza défend âprement ses dernières cartes en défendant les retraites (déjà minimes) et en maintenant les fonctionnaires en place (tout en se demandant comment ils vont les payer). L’impuissance de Syriza exprime la faiblesse d’un pays à la merci d’une démonstration de puissance implacable de l’Eurogroupe. À la place de faire du sauvetage de la Grèce une vitrine de la grandeur de l’Europe, cela devient l’exposition de la vraie nature de cette union purement économique et monétaire. Les jeux de mots avec exit n’ont pas terminé de faire la une des journaux: Grexit, Brexit… Mais y a-t-il une sortie?

Dimitri Andronicos

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