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Editorial N° 166 : Quel temps de cerveau disponible?

L’initiative «Oui à la suppression des redevances radio et télévision (suppression des redevances Billag)» – «No Billag» dans sa version courte et mensongère – sera soumise au vote le 4 mars 2018. Mensonger, ce nom l’est car l’initiative ne demande pas un changement de perception de la redevance, mais bel et bien la suppression des télévisions et radios publiques. Constitutionnellement, la question de la législation sur la radio et la télévision et la diffusion publique d’émissions relèvent du domaine de la Confédération. Cette prérogative constitutionnelle se justifie par la garantie de la liberté de la presse et par le fait que «la radio et la télévision contribuent au développement culturel des auditeurs et téléspectateurs, à la libre formation de leur opinion et à leur divertissement. Elles tiennent compte des particularités du pays et des besoins des cantons. Elles pré- sentent les événements fidèlement et reflètent équitablement la diversité des opinions» (Art. 93, al. 2). Le système de redevance permet le financement de la SSR et de 34 autres diffuseurs via des concessions.

«No Billag» renverse cette perspective et propose que la Confédération mette aux enchères les concessions, ne subventionne aucune chaîne de radio ou de télévision et ne prélève aucune sorte de redevance. Cette initiative nie l’importance du service public pour la formation de l’opinion et la démocratie. Ce contrôle public permet la diffusion dans toute la Suisse et dans toutes les langues nationales de programmes de qualité. C’est ce contrôle public qui permet de débattre de ce que doit être une bonne radio ou une bonne télé- vision. C’est ce contrôle public qui permet un vrai pluralisme, nécessaire à la formation des opinions. La solidarité entre les régions est également un point important. Sur l’ensemble de ses recettes (environ 1,8 milliards dont 1,3 milliards pour la redevance), la SSR fait une péréquation interne et redistribue entre les différentes régions linguistiques afin de garantir une qualité homogène. Ainsi le Tessin contribue à hauteur de 4,5 des recettes mais reçoit 22% des ressources (72% contre 45,5% pour la Suisse alémanique et 24,5% contre 33% pour la Suisse romande). L’information et la libre formation de l’opinion ne sont donc pas un produit de consommation comme un autre. Il y a donc un enjeu démocratique évident à maintenir la radio et de la télévision dans le domaine public. Dans le cas d’un secteur média qui serait complétement privé, le fonctionnement serait comparable à celui que l’on peut voir malheureusement à l’œuvre actuellement dans la presse. On se dirigerait vers la formation d’oligopoles qui ne produirait que des contenus et plus d’information, qui feraient tourner en boucle les même faits divers au lieu de veiller au pluralisme et qui auraient pour seul but de «vendre du temps de cerveau humain disponible». Ce n’est guère un hasard si les grands groupes de médias privés sont détenus, de Berlusconi et Murdoch à Blocher, par des riches magnats réactionnaires. Le projet d’un·e citoyen·ne libre, autonome et émancipé·e n’a jamais été un projet de droite, ni celui des initiant·e·s de «No Billag», cela semble évident.

La rédaction

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