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Cinéma : Pas de lutte des classes au Wakanda

Black Panther, le film de super-héros sorti sur les écrans début 2018, a été souvent présenté comme un film post-raciste et son super-héros a été promu comme leader noir. Ce film produit par Disney ne développe pourtant aucun point de vue sur d’éventuels enjeux raciaux et au contraire montre une forme d’aliénation. Il n’est également pas certain que ce film n’aide les quelque 40 % des enfants américains noirs à sortir de la pauvreté, ni qu’il sera vu par le 10 % des jeunes hommes noirs qui se trouvent en prison. Sans surprise, le film est affligeant et le scénario sans intérêt. T’Challa est Black Panther mais aussi roi du Wakanda, dont la particularité est d’être un royaume qui conjugue « Afrique éternelle » et modernité. Cette modernité cachée à laquelle on accède via une porte secrète révèle l’image d’une Afrique urbaine et moderne qui repose sur l’exploitation d’un minerai, le vibranium, qui procure force et pouvoir, et dont se nourrit Black Panther. Les rois du Wakanda ont toujours choisi de cacher cette puissance au monde afin de vivre heureux. Black Panther devra affronter son cousin, qui remet en cause cette stratégie, et devra prouver qu’il est légitime. Le personnage de Black Panther apparaît en 1966 pour la première fois dans l’univers des comics de Marvel, juste avant la création du parti éponyme. Afin d’éviter des associations, Marvel tentera de changer le nom du super-héros en Black Leopard. La série tombe ensuite dans un relatif oubli, jusqu’en 2016 lorsque l’écrivain afro-américain Ta-Nehisi Coates coécrit un nouvel épisode de Black Panther. Ta-Nehisi Coates, auteur notamment d’un récent livre sur les années Obama et l’élection de Trump, nouvelle figure de proue de l’élite intellectuelle afro-américaine, a été récemment au centre d’une controverse avec Cornell West. Ce dernier l’a accusé d’ignorer dans son analyse et sa vision du monde la centralité du pouvoir de Wall Street, de la puissance militaire et des dynamiques de classe, de genre et de sexualité dans l’Amérique noire. Le résultat étant que la domination blanche est essentialisée et déconnectée des réalités de classe, d’empire et d’autres formes de domination. De façon intrigante, ces éléments énoncés par Cornell West se retrouvent dans le film. Le leadership noir mis en avant est celui qui provient d’une forme primaire de raisonnement raciste. On donne à voir une authenticité (un royaume inaccessible et pur) qui pousse à se rassembler autour d’une communauté selon une morale très conservatrice. La figure du leader mise en avant n’est pas celle d’une figure transcendant les enjeux raciaux, ni celle de la résistance pour un changement social (dans la lignée du mouvement Black lives matter). Au contraire, c’est bien l’histoire d’une quête vide, pour le plaisir, l’accaparement et le pouvoir qui est présenté dans ce film. Contre son aliénation, Black Panther est démuni.

Mathieu Gasparini

Article paru dans le N°168

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