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Brésil: Les responsabilités partagées d’une catastrophe écologique

Article paru dans PdG N° 150

«La plus grande catastrophe environnementale de l’histoire du Brésil.» C’est ainsi qu’Izabella Teixeira, ministre de l’Environnement, a qualifié les conséquences de la rupture, le 5 novembre 2015 dans l’Etat du Minas Gerais, de deux barrages de la compagnie Samarco, détenue à parts égales par le groupe brésilien Vale, leader mondial de l’exploitation du minerai de fer, et par l’australien BHP Billiton. Une gigantesque coulée de boue, contenant des produits toxiques, a enseveli un village entier, provoqué la mort de vingt-cinq personnes ainsi que des destructions environnementales à grande échelle.

Les accidents écologiques ne sont malheureusement pas un phénomène nouveau au Brésil. L’attitude des entreprises locales, reflet d’une culture d’entreprise faite d’hermétisme, d’absence de transparence et d’incompréhension des enjeux réels, non plus. Vale a d’abord affirmé que le barrage, qui faisait l’objet de travaux d’agrandissement, avait été inspecté en juillet et qu’il présentait des «conditions de sécurité totales». Puis, le groupe a indiqué que la coulée de boue «ne contenait pas d’éléments chimiques dangereux pour la santé», évoquant simplement «des déchets de minerai de fer et de manganèse, additionnés à de l’eau et du sable».

Une affirmation démentie par le rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme, publié le 25 novembre. Ce document indique que les boues «contenaient d’importantes concentrations de métaux lourds toxiques et d’autres composés chimiques également nocifs qui se sont déversés dans le Rio Doce». L’agence de l’ONU a directement mis en cause la gestion de la crise par BHP Billiton, Vale et le gouvernement brésilien, estimant «que ces derniers n’avaient pas pris les mesures nécessaires pour protéger l’environnement et les communautés du risque d’exposition à des produits chimiques toxiques contenus dans les boues qui se sont déversées».

L’ampleur de la catastrophe a finalement conduit le gouvernement à réagir avec fermeté. Dans son discours au Bourget, lors de la séance d’ouverture de la COP21, le 30 novembre 2015, la présidente brésilienne Dilma Rousseff a imputé cette catastrophe aux «actions irresponsables d’une entreprise» et a promis de «punir sévèrement les responsables de cette tragédie». Le 7 décembre, l’Etat a demandé une indemnisation de 20 milliards de reals (5,1 milliards de francs), destinés à un fonds qui servira à réparer les dégâts causés.

Le comportement de Vale ne doit pas masquer les responsabilités de l’Etat. La catastrophe a mis en lumière, une fois de plus, les carences du dispositif officiel de protection de l’environnement. L’Etat n’est pas aussi distant qu’il paraît de Vale. Il garde un œil sur le groupe, en dépit de sa privatisation en 1987, puisqu’il détient 5,3% des actions et douze «golden share». Un représentant du Ministère des finances et le président de la BNDES, la banque publique de développement, siègent au conseil d’administration. Surtout, les grands fonds de pension du secteur public (Banque du Brésil, Petrobras, etc.) contrôlent Valepar, principal actionnaire de Vale, avec 33,7% du capital. Force est de constater que ce pouvoir d’influence, perceptible notamment lorsqu’il s’agit de choisir le président de Vale, n’a pas été mis au service de l’écologie.

Daniel Solano

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